25 et 26 octobre 2006
Relations familiales dans les littératures française et francophone des XXe et XXIe siècles

Résumés des interventions et biographie des participants par ordre alphabétique


Organisateurs :
Sabine van Wesemael :  S.M.E.vanWesemael@uva.nl
Murielle Lucie Clément : m.l.clement1@mac.com
Avec la gracieuse collaboration de Yvonne et Peggy du secrétariat


Adresse :
Université d’Amsterdam (UVA)
Faculté des Sciences Humaines
Département des langues romanes
Franse taal- en letterkunde
Spuistraat 134
1012 VT Amsterdam
Pays-Bas
www.uva.nl

Ouverture du colloque par Madame la doyenne de la Faculté des Sciences humaines:  Prof. dr. A. C. J. Hulk

Séances plénières : 

Prof. dr. Ieme van der Poel, Professeure titulaire Université d’Amsterdam : La relation père-fille dans les écrits théoriques et fictionnels de Julia Kristeva.
 
Prof. dr. Lori Saint-Martin, Professeure titulaire Université du Québec à Mon-tréal : De l'absence au meurtre: penser la relation père-fille dans la littérature québécoise contemporaine.


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Ieme van der Poel
est professeur titulaire de la chaire de Littérature française à l’Université d’Amsterdam. Ses intérêts principaux sont les littérature française et francophone du XXe siècle, en particulier l’influence de la tradition des intellectuels français et francophones et des théoriciens français et francophones sur la théorie postcoloniale. Momentanément, elle travaille sur une étude cri-tique biographique de Julia Kristeva et vient de terminer une anthologie sur André Gide et la ligne ferroviaire du Congo (Paris, L’Harmattan). Elle est membre du groupe de recherche « Littérature française du XXe siècle » (Paris IV Sorbonne) et membre du comité de rédaction de différentes revues internationales. Ieme van der Poel est directeur de recherches à ASCA (Amsterdam School of Cultural Analysis).

Lori Saint-Martin
est professeure titulaire au Département d'études littéraires de l'Université du Québec à Mon-tréal. En plus de deux recueils de nouvelles, elle a publié plusieurs essais sur la littérature québécoise au féminin, dont le plus récent, La voyageuse et la prisonnière. Gabrielle Roy et la question des femmes (Montréal, Boréal, 2002), lui a valu le prix Gabrielle-Roy et le prix Raymond-Klibansky. En 1999, elle a publié Le nom de la mère. Mères, filles et écriture dans la littérature québécoise au féminin (Québec, Nota bene). Un projet de recherche en cours porte sur la question du père dans la littérature québécoise contemporaine. Avec Paul Gagné, elle a traduit vers le français plus de vingt-cinq essais et romans canadiens-anglais, dont  Un parfum de cèdre (Fall on Your Knees, d'Ann-Marie MacDonald), prix du Gouveurneur-général de la traduction littéraire, 2000.

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"Les relations familiales et incestueuses dans
Les Séquestrés d’Altona de J.-P. Sartre"
Abdullatif Acarlioglu
Université Anadolu

Dans la pièce Les séquestrés d’Altona de Sartre sont représentés presque tous les membres qui composent une famille. L’auteur décrit pleinement les relations familiales : père/fils aîné, père/fils cadet, père/fille, père/bru, époux/épouse, frère aîné/sœur, frère cadet/sœur, sœur/belle-sœur, frère/belle-sœur, frère cadet/frère aîné ainsi que les relations incestueuses : frère aîné/sœur, frère aîné/belle-sœur. Seule manque la mère dont le rôle est, je pense, occupé par la fille. Nous assistons aussi à une lutte particulièrement intéressante entre frères qui rap-pelle celle d’Abel et Caïn.
Les conversations ont lieu dans une atmosphère tendue. Ces échanges verbaux sont basés, non pas sur la pauvreté, mais sur la richesse, car il est question de l’administration du capital du père après sa mort. L’Entreprise pourrait être considérée comme un autre person-nage puisqu’elle est à l’origine du conflit. Les rapports réciproques entre les membres de la famille sont extrêmement fragiles. Déchirés, ils se nuisent et se détestent mutuellement. Ils sont en conflit permanent : il n’y a pas deux personnages entre lesquels il n’existe pas de lutte et ils sont victimes à tour de rôle. Le passé des personnages, notamment celui de Frantz qui oriente leurs comportements par souci de purification, ne fait qu’augmenter la tension : l’auteur utilise pour cela des techniques narratives de rétrospection. Les personnages vivent sous le même toit, mais chacun est seul dans son propre espace clos comme le montre bien le titre de la pièce. Ils ne peuvent sortir de leur maison, ni se séparer. Cette séquestration est ap-paremment volontaire, mais elle est forcée, car personne ne s’enfermerait volontairement.
Le thème de la séquestration reste d’actualité plus qu’il ne l’a jamais été, dans notre société où tout le monde fuit tout le monde. Je vais tenter de savoir si nous sommes tous séquestrés et comment.

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"Droit d’aînesse et autorité familiale chez
Daniel Biyaoula et Fatou Diome"
Louis Bertin Amougou
Université de Dschang

En Afrique subsaharienne, les relations familiales sont d’une telle complexité que leur logique échappe à toute tentative d’analyse calquée sur le modèle de la famille nucléaire occidentale. Si certaines de ces relations ont fait l’objet d’études plus ou moins poussées, il en reste une qui attend toujours d’être examinée : la relation entre les membres d’une famille fondée sur le droit traditionnel d’aînesse. Un droit auquel l’évolution sociale, économique et politique du continent a imprimé des mutations fondamentales dont les dérives semblent aujourd’hui tenir en deux attitudes extrémistes. La première est figurée par la dictature que Samuel, du fait de sa puissance financière et matérielle, exerce sur l’ensemble de sa famille en général et Joseph Ngakula, son cadet, en particulier et qui  fait dire à ce dernier : « Les gens, quand ils croient qu’ils vous chapeautent, ils essaient d’accaparer votre tête, vos paroles, tout jusqu’à vos sen-timents, vos émotions, qu’ils n’entendent pas rencontrer une quelconque opposition de la part de ceux qui sont censés être sous leur férule  ».
La seconde quant à elle est reflétée par la pression que Madické, resté au pays, exerce sur sa sœur aînée, Salie, émigrée en France, au point que celle-ci finit par se convaincre de l’obligation de « servir de sécurité sociale aux siens  » en prenant le moindre de leurs désirs pour des ordres.

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"Le rapport familial père/enfants comme
symbolique d’un conflit social"
Alassane Anne
Université Paul Valéry, Montpellier III

Le conflit père/enfants est au cœur des relations familiales dans la littérature française et fran-cophone des années 30 aux années 70. Cela est prouvé dans cinquante ans de roman d’expression française : du Maghreb en France en passant par l’Afrique noire. Driss Chraïbi, Rachid Boudjedra, François Mauriac, Honoré de Balzac, Mongo Béti, pour ne citer que ceux-là, mettent en scène à leur façon un dramatique conflit de générations ; les pères, les vieux contre les enfants (fils et filles) et les jeunes.
Le passé simple de Chraïbi, comme La répudiation de Boudjedra, est le récit d’un en-fant en colère, d’un adolescent en rébellion contre les injustices de sa famille, sa société, la bourgeoisie musulmane, bref contre l’autorité et le pouvoir sous toutes leurs formes. Si la théocratie musulmane et la famille patriarcale y sont soumises à la critique la plus acerbe des narrateurs dans les œuvres maghrébines, chez Mongo Béti, c’est la gérontocratie, système communautaire représenté par le père, qui est la cible de Medza, le fils révolté.
La seule œuvre d’Afrique noire choisie dans cette perspective comparative, Mission terminée, a longtemps été lue avec une large priorité thématique liée au système colonial et à ses méfaits. Combattre le père, ici, c’est lutter contre l’autorité sociale tyrannique des chefs, des aînés contre le système gérontocratique, contre l’autorité coloniale dont il est complice, contre le matérialisme mercantile et hypocrite de l’Occident, dont le père est le symbole vi-vant, contre tout abus de cette autorité. Ce roman, comme plusieurs autres productions lit-téraires africaines anté indépendantistes, ne méritent pas d’être toujours cantonné dans une critique historique, historiciste mais d’être lu dans son rapport à l’Universel. Cette fois-ci, l’œuvre de Béti est soumise à une lecture qui privilégie un regard strict sur les structures fa-miliales et sociales africaines. Occupant une fine partie du roman, l’opposition virile entre Medza et son dictateur de père, à l’instar de ce qui se passe dans les œuvres maghrébines, est symptomatique d’une crise plus vaste dans les relations entre membres de la communauté.
Dans les œuvres françaises, l’argent, le patrimoine, le matériel, etc., sont au cœur des rapports conflictuels qui cimentent les deux familles de Louis et de Goriot. A l’image de ce que l’on retrouve dans les récits africains et maghrébins, ils font la force et l’autorité du père chez Mauriac et Balzac.
En effet, Louis, le narrateur du Nœud de vipères, déshérite sa famille pour se venger d’elle. Il engage un conflit familial qui se joue autour du patrimoine dont il est le seul garant. A la différence de Goriot (Le père Goriot), il refuse de donner mais dans les deux œuvres, la fortune semble justifier la paternité. Si le riche avocat dit : « un vieillard n’existe que par ce qu’il possède » (Le nœud de vipères, p. 314), le « christ de la paternité (Goriot) reconnaît qu’il est « un père aux écus » (le père Goriot, p. 314).
Dans tous les cas, l’objectif est de démontrer que les relations difficiles entre membres de la même famille sont révélatrices de conflits plus graves au niveau macro social.

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"La Fratrie dans Le Lait de l’oranger et Fritna de Gisèle Halimi"
Ramla Ayari
Université Paris VII- Denis Diderot /Faculté des Sciences humaines et sociales de Tunis

Née en 1927 en Tunisie colonisée, élève brillantissime du Lycée français Armand Fallières de Tunis, Gisèle Halimi quitte son pays natal en 1945 pour  poursuivre ses études à Faculté de Droit de Paris. Militante farouche des Droits de l’Homme en général et de ceux de la Femme en particulier, fondatrice et présidente de l’association « Choisir la cause des femmes» aux côtés de Simone de Beauvoir, députée à l’Assemblée Nationale et ambassadrice de France auprès de l’UNESCO, elle est une des avocates les plus célèbres de la seconde moitié du XXème siècle.
Auteur de nombreux articles et ouvrages, elle s’arrête à un moment donné de sa vie sur son passé et écrit deux biographiques Le lait de l’oranger  en 1988 et Fritna  en 1999.
Dans ces deux textes, Gisèle Halimi retrace son enfance et son adolescence dans une famille tunisienne de confession juive à l’aube de l’Indépendance. Cette cellule familiale comporte une fratrie composée par le biographe, sa sœur Gaby et des deux frères Marcel et Henri, groupe de frères et sœurs chapeauté par les parents Edouard et Fortunée dite « Fritna ».
Le fonctionnement de cette famille au sens large et de cette fratrie en particulier, est décrit  par l’auteur autant dans Le Lait de l’oranger que dans Fritna, aussi bien en matière de co-hésion, de division des rôles et des tâches qu’au niveau de l’environnement social dans lequel elle évolue.
En effet, il faudrait resituer Gisèle Halimi dans le contexte d’un pays sous Protectorat français où la femme n’avait que peu ou pas de droit, où les études étaient un luxe d’autant plus inabordable pour une femme. A cet aspect politique il faudrait ajouter un aspect social puisque la femme juive tunisienne -autant que sa concitoyenne musulmane- était vouée au mariage imposé et à la procréation, ce à quoi va se soumettre Gaby la sœur de Gisèle alors que celle-ci se rebellera. 
De plus, dans cette société patriarcale, il était du devoir de la sœur d’être sous l’emprise du frère à qui elle devait obéissance et respect et qui, lui, par contre, n’était soumis à aucune obligation d’ordre domestique et peu d’obligations familiales. Ce contre quoi aussi Gisèle se révoltera.
On pourrait alors dire que c’est à partir des relations au sein de la fratrie que se mani-festent les premiers éléments de la personnalité de Gisèle Halimi : insoumise aux traditions et révoltée contre l’ordre établi.
Le but de cette communication sera donc tout d’abord de présenter les différents éléments de la fratrie décrite dans Le lait de l’oranger et dans Fritna puis, dans un second temps, d’analyser les différents types de relations qui la tissent. On s’intéressera dans une troisième partie à la place qu’occupe Gisèle Halimi,  le personnage central de ces deux biog-raphies, au sein de cette fratrie.

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"Franz Hellens, « Naître et mourir ou la fusion avec l’élément maternel »"
Aurora Manuela Bagiag
Université Babes-Bolyai, Cluj-Napoca
et Université de Haute Alsace, Mulhouse

Le complexe oedipien domine l’univers obsessionnel de Franz Hellens (1881–1972), écrivain belge de langue française, promoteur, entre autres, du roman poétique de veine auto-biographique. La « suite romanesque » Naître et mourir (1948), amalgame de récits, lettres, fragments de journal, souvenirs et transcriptions de rêves, se construit sur les multiples enjeux de la métaphore maternelle. Se manifestant à la fois dans son expression directe, qui est l’attachement érotique de l’enfant mâle au parent de sexe opposé, et sous forme symbolique, voire la modulation du thème par la poétique de la liquidité, ainsi que son orchestration dans l’aventure de la création obscure du texte littéraire, la fascination pour la mère informe ce roman. Multiplication des figures maternelles, fascination de l’eau qui attire et effraie en même temps, naissance du roman, reposant sur une « base invisible » et avançant imprévisi-blement, représentent autant d’avatars du motif conducteur de l’œuvre.
    Notre étude essaiera de dégager, à travers une analyse en trois volets, le rayonnement de cette image matricielle - la fusion avec la mère - dans les différentes couches de l’objet littéraire. Dans un premier temps nous nous attarderons sur le rapport complexe, mélange d’amour maternel/ filial et d’érotisme sublimé, qui se dessine entre Frédéric et sa mère. De la vision enfantine des seins maternels, qui lui procure le double sentiment de « volupté » et de « mort », au récit qu’elle lui fait de sa conception mystérieuse et de sa naissance à lui, « son troisième enfant », et en fin à la superposition de cette Nativité à l’image de la grossesse de sa femme, Frédéric baigne dans un univers nourricier. Si le fils redécouvre dans toutes les fig-ures féminines de sa vie – amante, épouse, fille – l’élément maternel, inversement, la mère devenue veuve, fait de son fils une figure symbolique de la virilité, remplaçant le père et lui prélevant l’autorité. Nous tenterons ensuite de surprendre la modélisation du matériel psycha-nalytique par le biais de la symbolique aquatique. Le thème de l’eau, élément inquiétant par sa tranquillité et sa profondeur, est inconsciemment associé au désir, à l’idée de vie et de mort. La polarisation sexuelle des éléments, voire la situation du fluide et de l’obscurité du côté du féminin, opère aussi chez Hellens l’esquisse d’un mythe identitaire. Son ascendance flamande, son appartenance au pays des eaux et des brumes du Nord, reviennent sans cesse dans sa poétique. En fin nous parviendrons à considérer l’insertion de l’élément primitif – la nature et la vie qui recommencent et se renouvellent continuellement – dans le travail artis-tique qui s’exerce lui aussi sur une matière vivante. La composition d’un roman, évoquée par son auteur en termes de « fécondité » et d’avancée aléatoire, engendre le mythe de l’œuvre qui s’écrit naturellement, aspirant à l’imprévu et à la fraîcheur de la vie.

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"La rencontre fils-père dans L’Africain de J.M.G. Le Clézio"
Adina Balint-Babos
Université de Toronto

L’Africain, le texte autobiographique de Le Clézio paru en 2004, peut se lire comme l’expérience poétique d’une double rencontre : celle du fils avec le père qui a longtemps quit-té le foyer familial européen pour exercer le métier de « médecin itinérant » en Afrique, et celle du continent africain, terre neuve pour le narrateur leclézien, enfant de huit ans. À partir de ces prémisses, dans notre communication, nous proposons d’analyser la relation fils-père et ses répercussions sur le cheminement d’un éventuel processus de création artistique. Dans ce but, nous envisageons de réfléchir sur : (1) la rencontre du fils avec un père « inconnu et étrange, possiblement dangereux », en repérant les possibilités qui se donnent au fils à s’aménager un « territoire » (Gilles Deleuze) à lui et à se définir ainsi comme sujet dépendant et achevé par le biais d’un travail créateur ; (2) le rapport fils-père et les diverses manières de percevoir l’Afrique –  « le mélange des genres, des peuples, des langues » – à travers le corps, au moyen de la sensorialité ou par les ressources de la sensibilité ; (3) les marques discursives de la relation fils-père, précisément l’examen des comparaisons et de la « ritournelle », tout en soulignant que c’est grâce à l’éveil aux mots, voire à l’écriture, qu’il est possible de mieux comprendre « le monde d’aujourd’hui et le monde d’hier », et de transgresser certaines di-mensions « mineures » de la subjectivité (la timidité, l’angoisse, la peur), qui se retrouvent exacerbées ou effacées dans les relations familiales.
Lorsqu’il sera question pour nous d’étudier les enjeux de la relation fils-père par rap-port à un itinéraire initiatique et de création qui présuppose plusieurs étapes d’élaboration, nous ferons appel aux travaux psychanalytiques de Didier Anzieu sur la démarche créatrice, selon lesquels le processus de création représente un parcours dont le développement s’enchaîne à l’origine donnée de l’être humain, traverse les expériences du monde, afin d’atteindre un dépassement créateur. Si pour le narrateur leclézien « l’arrivée en Afrique a été l’entrée dans l’antichambre du monde adulte », nous nous appliquerons à cerner le chemine-ment formateur du fils, qui s’accomplit à la faveur de la rencontre avec le père, « inéluctablement étranger », et avec l’Afrique, « un autre monde, [qui] vous emportait vers une autre vie ». Il s’agira également de mettre à l’épreuve les concepts philosophiques deleuz-iens de  « déterritorialisation »/« territorialisation », car il s’avère légitime de penser que le fils et le père, ils parviennent tous les deux à installer un « territoire » à eux (spirituel et phy-sique), différemment investi par la présence de l’autre. En dernier lieu, nous visons de mettre en lumière les phénomènes singuliers de « devenir » (Deleuze) qui balisent la narration de L’Africain – dans le registre événementiel, tout autant que dans le registre discursif –, puisque la relation fils-père est régie par le dynamisme, en entraînant sans cesse des mouvements et des voisinages inattendus : un « devenir-terre », un « devenir-imperceptible », et surtout, un « devenir-œuvre ». 

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"La survivance d´un passé collectif et primordial dans Les enfants du sabbat"
Maria Cristina Batalha
Université de l´Etat de Rio de Janeiro

Examen du roman d´ Anne Hébert, Les enfants du sabbat, publié en 1975, en mettant en relief l´opposition entre les valeurs familiales de la protagoniste, soeur Julie de la Trinité, et le monde représenté par le couvent. Cette oeuvre traduit le débat intérieur mené par la soeur Julie, fille du diable et d´une sorcière, qui amène au couvent des Soeurs du Précieux-Sang les souvenirs d´une enfance terrible et merveilleuse à la fois, vécue au sein de sa famille, au fin fond de la province du Québec, marquée par des pratiques du sabbat et des rituels de magie.
On y voit confrontés deux ordres d´événements qui s´excluent entre eux car ils sont représentatifs de deux visions de monde, dotés de valeurs qui leur sont propres et où toute conciliation s´avérerait impossible. D´une part, l´espace de la liberté par laquelle les désirs les plus primitifs se réalisent, où tout un passé collectif est libéré et où les rapports de l´homme avec la terre ancestrale exprime une symbiose naturelle et immédiate, sans passer par le filtre de la culture ou de la morale. D´autre part, l´espace de l´ordre et du silence qui pèse sur tout ce qui relève de l´humain, dans lequel les rêves et les désirs doivent être ensevelis. Lor-squ´elle arrive au couvent, Julie croit pouvoir se libérer du monde de la cabane de son enfance et garder le secret sur son origine pour incorporer les lois de l “univers civilisé”, à savoir celui qui renie l´inceste, qui fait taire les désirs et qui cache le Mal. Néanmoins, elle ne réussit pas à se débarasser des visions de la cabane de son enfance. Les souvenirs de la montagne de B... deviennent alors un mode de résistance et de défi contre tout ce qui lui est interdit de révéler dans l´espace du couvent. La transgression apparaît ainsi comme une sorte de mise en scène des paradoxes et une réponse à la réalité contradictoire que l´on prétend à tort faire assimiler. Identifié à l´“intimité de la terre”, l´univers infantile de la soeur Julie se place en opposition au monde de la raison représenté par le monde du couvent, où domine le silence au nom d´une action civilisatoire.

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"Représentations du père dans l'imaginaire de l'enfant et structures narra-tives dans les récits de vie « Géricault » par Andrée Chedid et « Magnus » par Sylvie Germain"
Katarína Bednárová
Université Comenius de Bratislava

Andrée Chedid a rédigé le court récit de vie « Géricault » au début des années 1990 sur la demande de l’éditeur parisien J.-L. Flohic qui a créé la collection Musées secrets dont l’objectif était de présenter des portraits insolites des peintres/sculpteurs rédigés par des écri-vains libres de choisir « son » peintre ainsi que la forme littéraire. Néanmoins limitée par les contraintes éditoriales (le texte de 37 pages max., accompagné par 38 reproductions des tab-leaux représentatifs correspondant au texte), Andrée Chedid dresse le portrait indirect de Théodore Géricault (1791–1824) tout en utilisant la matrice narrative dont le narrateur se révèle Géricault-fils (1818—1882), et elle emprunt la forme du journal intime tenu par ce dernier entre 1841—1875. Georges Hippolyte Géricault, fils illégitime du peintre, qui n’a jamais connu son père et même ignoré son existence jusqu’à l’âge de ses 22 ans, raconte son cheminement vers la reconstitution de la figure de son père tout en restituant sa propre iden-tité. La narration et la présentation du peintre Théodore Géricault se construisent autour de la représentation du père par Géricault-fils en 3 images au fur et à mesure des années vécues: Géricault, considéré comme le père, le frère et finalement Géricault, considéré comme « le fils ». Dans la reconstitution de l’image de son père, Georges Hippolyte est confronté à la personne de son père en double facette : le père peintre (appelé dans le texte Géricault, pein-tre, artiste) et le père être humain/son proche (appelé Théodore, l’homme Géricault ou père). La reconstitution mentale des aspects physique et psychique du père se produit, outre les témoignages des personnes proches au père, par l’intermédiaire des documents : livres, lettres, articles de journaux dont la partie la plus importante dans le livre est constituée par les repro-ductions des tableaux, des esquisses et croquis du peintre correspondant au texte. Ainsi l’auteur laisse travailler l’imaginaire du fils (souvent introduit par l’énoncé « je l’imagine… ») qui tout en contemplant et en analysant la peinture reconstitue l’image du père mais parle en même temps du peintre et de son oeuvre
La forme littéraire du journal intime et la structure narrative du récit de vie oscillant entre la biographie « documentée » du père, personnage réel et connu, et l’autobiographie fragmentée fictive de son fils situent le récit « Géricault » à la frontière de la fiction (l’image fictionnelle de la quête du père par son fils) et du document (non-fiction référentielle par rap-port aux personnages et à l’Histoire). « Géricault » s’inscrit dans le corpus des textes lit-téraires où le support de documents ainsi que l’intertextualité font partie intégrante de la struc-ture narrative du récit et ils représentent l’élément constitutif de l’identification. La genèse et le concept du « Géricault » montrent bien le fait que l’intention première de l’auteur n’est pas de présenter la vie de Géricault-fils mais de créer le portrait du père par l’intermédiaire de l’imaginaire de son fils. La mystification au niveau de l’intention textuelle qui se traduit dans la matrice narrative se montre évidente.
L’analyse comparative partielle du roman « Magnus » de Sylvie Germain (Albin Michel, Paris 2005) qui s’inscrit dans la lignée des romans où le mystère familial et l’identité inconnue des parents exercent une influence considérable sur la vie de l’enfant permet de démontrer des points communs des deux textes présentés ainsi que de différentes manières du fonctionnement de l’imaginaire de l’enfant partout où Chedid laisse son récit en suspens et Germain le développe.


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"Mentalité postmoderne dans Le Roi des Aulnes de Michel Tournier"
                                                       Mariana Boca
                                                   Université Suceava – Roumanie

Je vous propose lire le roman Le Roi des Aulnes de Michel Tournier comme herméneutique subjective de l'univers mental postmoderne. L’étude critique du détournement des mythes bibliques devient un instrument analitique obligatoire, mais pas l’objectif de la démonstration. Abel Tiffauges renie la famille avec tout son espace relationnel accumulé par la tradition: “…je ne puis avoir qu’un père et une mère putatifs, et des enfants d’adoption.” La légitimité originaire de la famille est soumise à la déstructuration obtenue premièrement par une inouïe lecture de la Genèse. Le mythe de l’Adam supporte une configuration radicalement changée, pour affirmer la crédibilité du propre scénario familial d’Abel Tiffauges: “…s’il y a dans la Genèse une chute de l’homme, ce n’est pas dans l’épisode de la pomme […] mais dans cette dislocation qui brisa en trois l’Adam originel, faisant choir de l’homme la femme, puis l’enfant, créant d’un corps ces trois malheureux, l’enfant éternel orphelin, la femme esseulée, apeurée, toujours à la recherche d’un protecteur, l’homme léger, alerte, mais comme un roi qu’on a dépouillé de tous ces attributs pour le soumettre à des travaux serviles.” L’idéal d’Abel Tiffauges marque l’abandon de toute une civilisation historique consacrée à la famille: “restaurer l’Adam originel”, mais pas à travers le mariage (“solution dérisoire”). Le chemin vers son accomplissement se tourne dans une utopie de l’individualisme extrême, uni à un hermaphrodisme qui prend des formes héroïques, parce qu’il est né du tragisme de l’homme, projecté en orphelin éternel.
    À partir de la figure de l’orphelin, Charles Dickens imagine en David Copperfield l’histoire du capitalisme triomphant, où les valeurs de la famille traditionnelle donnent le sens même de la vie: “I see myself, with Agnes at my side, journing along the road of life. I see our children and aur friends around us; and I hear the roar of many voices, not indifferent to me as I travel on.”(David Copperfield, Chapiter 64: A last Retrospect) Michel Tournier nous dit en Le Roi des Aulnes une version de l’histoire troublante du modernisme postindustriel, nihiliste et en même temps à la recherche d’une nouvelle morale et d’autres normes éthiques.
    Les représentations multiples et contradictoires du mythe d’Adam et d'Abel et Cain nous conduit vers une projection dramatique de la postmodernité. Un espace fictionnel - où les inversions, les perversions et les conversions des signes communiquent pour mettre en cause le sens du Sacré, le sens de la Creation-même, le sens de la relation père-fils - construit un tissu déroutant et anxieux comme image provocatrice de la mentalité postmoderne. L'atti-tude postmoderne face à la memoire des mythes admet pour principe fondamental la liberté absolue et la relativisation sans fin des signes, à l'absence du recul critique. Le Roi des Aulnes ouvre la perspective vers un autre âge culturel, un autre âge de la Famille et de la Creation, utopique et tout de même d'un réalisme impossible à éviter.

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"Les (non-)relations familiales comme conditions d’autodétermination iden-titaire dans Nikolski de Nicolas Dickner"
Isabelle Boisclair
Université de Sherbrooke

Selon les anciens paradigmes, la famille est un référent fondamental de l’identité. Un nouvel horizon se dessine, faisant apparaître son caractère inessentiel. Le roman Nikolski de Nicolas Dickner (Nota bene, 2005) semble vouloir précisément illustrer cette nouvelle configuration et, plus encore, s’amuser de l’ancien paradigme. En effet, le récit est truffé de motifs et mi-crorécits rappelant l’importance ancienne accordée à la famille, notamment aux ascendances parentales. Se situant plutôt sur l’horizon actuel, les personnages s’émancipent de ces cadres familiaux et réussissent à imposer leurs propres valeurs, dessinant leur parcours de façon autonome, faisant fi des lois familiales. Cette autodétermination identitaire touche également les conceptions de l’identité de sexe/genre, dans la mesure où, dans une économie patriarcale, les identités étaient définies en fonction du sexe et transmises par l’institution familiale.
C’est donc en prenant appui sur les théories constructivistes  de l’identité que nous nous pencherons sur trois temps de chacune des trajectoires des trois personnages du roman (le narrateur « Je », Noah et Joyce). D’abord, nous montrerons les valeurs rattachées à l’origine, nécessairement liées à la famille. Nous nous intéresserons ensuite aux moments et aux lieux où les trajectoires des trois personnages se croisent, sans que ceux-ci ne sachent cependant qu’ils sont liés par un lien familial – façon amusante de signifier la perte de perti-nence du référent « famille ». En dernier lieu, c’est l’aboutissement de la trajectoire qui nous intéressera. On verra comment les héritages identitaires familiaux sont bien vite délaissés au profit d’une économie autonome de l’identité. Nous nous attacherons à décrire les parcours identitaires de chacun des trois personnages. Le déploiement narratif de ces parcours s’inscrit en faux contre les conceptions naturalistes, véhiculant une conception où l’identité est héritée d’une filiation verticale, figurée par la racine et dominée par la temporalité, à une conception où l’identité est modulée par les volontés, les expériences et les échanges horizontaux, figurée par le rhizome et privilégiant la spatialité.
Ainsi, même si la famille est un point de départ, elle n’est plus repère absolu – ce que l’une des métaphores du roman, la boussole indiquant le lieu habité par le père, éternellement absent, illustre avec force ironie : bien que le souvenir de la valeur absolue que le référent pater familias revêtait dans le passé persiste (La Loi du Père), il n’est plus désormais qu’un référent vide, déjanté. L’ordre de filiation étant rompu, il peut dès lors s’inverser à rebours : le roman met en scène un père qui s’engage à suivre son fils, et ce, même sans avoir l’assurance de sa paternité biologique. C’est dire que tous les schémas culturels dominants – fondés sur le naturalisme – sont mis à mal dans ce roman qui rafle actuellement de nombreux prix lit-téraires (Prix Anne-Hébert, Prix littéraire des collégiens, Prix des libraires), signe de la grande actualité de son propos. Enfin, nous verrons que dès lors qu’elle n’est plus soumise aux dik-tats patriarcaux, cette conception performative de l’identité va de pair avec une conception ouverte de l’identité sexuelle.

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« Travail, Famille & Confrérie »
Pierre Bonnasse
UPPA/EPHE

Cette communication s’attachera à étudier les relations familiales dans l’œuvre et l’enseignement de G. I. Gurdjieff, en insistant notamment sur la relation père-fils dans Ren-contre avec des hommes remarquables, ainsi que sur la relation grand-père/petit-fils dans les Récits de Belzébuth à son petit-fils, en montrant pourquoi et comment celles-ci basculent fon-damentalement - par un travail d’écriture bien singulier - dans une relation de maître à disci-ple incarnée par la relation auteur/lecteur. Nous verrons que dans cet enseignement, la notion d’ « éducation » dépasse l’acception commune définit ainsi par Gurdjieff : « Apprendre et suggérer à leurs propres enfants la science de tromper les autres, et d’être menteurs en tout, s’élève même, chez les êtres de la planète Terre des temps actuels, à la conscience d’un de-voir ; et c’est précisément là ce qu’ils désignent du fameux nom d’ « éducation ». » (Récits, p. 364) Pour Gurdjieff, l’éducateur doit d’abord être lui même bien « éduqué » avant de préten-dre à toute éducation véritable, laquelle doit participer à une construction intégrale de l’être, travaillant au développement simultané et harmonieux de la pensée, du corps et des émotions. Dans cet enseignement, l’éducation – synonyme de transmission et d’enseignement - tend plutôt vers la recherche de la « vérité », dans une logique de sincérité envers soi-même et les autres, et s’inscrit plus précisément dans une quête initiatique dont l’enjeu concerne l’apprentissage de la sagesse par la connaissance de soi. Le fils est ici invité à devenir un homme « responsable » (la notion de « responsabilité est fondamentale chez Gurdjieff) qui sera lui-même chargé à son tour d’éduquer son propre fils, en lui transmettant ses connais-sances, notamment sous la forme privilégiée de contes, d’histoires, de paraboles, de mythes et de symboles, et cela, de façon aussi bien orale qu’écrite, selon les traditions. Parce que le père (ou le grand-père), chez Gurdjieff, est celui qui sait, qui connaît : il fait figure, en quelque sorte, de « père spirituel », de « maître », c’est à dire « un homme qui en sait un peu plus que nous » - comme l’écrit René Daumal dans La Grande Beuverie. Nous ne manquerons pas aussi de nourrir notre analyse avec des références biographiques dans la mesure où Gurdjieff reçut une éducation paternelle singulière d’une part, mais aussi dans la mesure où il éduqua nombre d’enfants d’autre part, dont certains nous ont livré leurs témoignages, à l’instar de Fritz Peters dans Mon enfance avec Gurdjieff ou l’apprentissage de la sagesse : « Voici un livre absolument délicieux, écrit Henry Miller, et par délicieux je n’entends pas qu’il doit être pris à la légère. En fait, le qualificatif le plus juste pour le décrire serait glorieux. Non seule-ment rapporte-t-il des anecdotes savoureuses, mais il est aussi plein de sagesse, celle de la vie. J’ai lu ce livre à plusieurs reprises et ce fut chaque fois avec un intérêt renouvelé. D’une cer-taine façon, je le considère comme quelque chose d’égal à Alice au pays des merveilles, un véritable joyau de notre littérature. » C’est dire, à la lumière du commentaire d’Henry Miller, qu’un tel ouvrage dépasse le simple témoignage anecdotique sans intérêt pour s’inscrire pleinement dans une forme littéraire et poétique exceptionnelle. De la même façon que les Récits de Belzébuth, ouvrage considéré par Le Monde comme un véritable « coup de maître » à sa sortie en 1956, qualifié de « cas à part dans l’histoire des Lettres modernes » par le Magazine Littéraire en 1977, ou carrément considéré par André Breton comme « la plus grande entreprise littéraire du siècle ». Nous nous intéresserons aussi d’une façon plus gé-nérale aux relations familiales prises dans leur ensemble, cet enseignement préconisant et nécessitant la vie en société, l’harmonie au sein des relations familiales, amicales et profes-sionnelles. Si les relations étudiées ici prennent quasi-systématiquement la forme fondamen-tale d’une relation de maître à élève (ou de « frère à frère »), c’est pour insister sur le point essentiel de la transmission (à la fois éducation intégrale et enseignement), laquelle nous le verrons, est résolument translittéraire, transpoétique et transdisciplinaire. Car comme il est dit dans la célèbre formule, « a candle loses nothing by lighting another candle.»

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"Un air de famille : l’histoire familiale à l’épreuve des photographies"
Séverine Bourdieu
Centre de recherche sur les modernités littéraires (Bordeaux 3)

Un certain nombre d’écrivains français actuels mettent en scène dans leurs livres un sujet aux prises avec sa mémoire familiale, un héritier problématique à la recherche de son identité et de ses origines. Tout se passe en effet comme si, en cette époque de grands bouleversements, d’accélération de l’histoire et de déshérence des savoirs, celui-ci éprouvait tout de même le besoin, pour pouvoir se saisir, d’effectuer un détour par ceux qui l’ont précédé. Si les œuvres de Jean Rouaud, d’Annie Ernaux, de Pierre Michon, de François Bon et de Patrick Modiano offrent un éventail aussi varié qu’intéressant des formes que peut investir cette nouvelle ten-dance, j’ai choisi dans un souci d’efficacité et de cohérence de centrer cette réflexion sur quelques livres de Pierre Bergounioux : La Maison rose (Gallimard, 1987), L’Orphelin (Gal-limard, 1992), La Toussaint (Gallimard, 1995) et Miette (Gallimard, 1994).
Dans ces récits marqués par une forte rupture générationnelle intervenue au cours des années soixante, les relations parentales sont le plus souvent tendues, passionnelles : le fils et le père vivent sous le signe d’une incompréhension mutuelle, qui, de la part de ce dernier, va jusqu’à la non-reconnaissance de l’autre. Les questions de la transmission et de l’héritage – inhérentes à la constitution de soi – sont brouillées, déformées, déplacées par toutes sortes de considérations présentes et d’espoirs déçus qui exacerbent la rivalité filiale.
Il me semble alors que c’est plutôt à travers le lien qui se noue, se renoue et s’invente, au cours de l’écriture, avec les figures ancestrales disparues (et plus particulièrement les deux grands-pères) que se joue la réappropriation du passé familial et que sont réinvesties les ques-tions susdites. Dans cette quête, les photographies de famille jouent un rôle fondamental : parce qu’elles donnent à voir un passé méconnu, parce qu’elles permettent au sujet de trans-cender les limites de sa mémoire et de son existence, parce qu’elles fixent les apparences les plus fugaces, elles sont le lieu où se révèlent la vérité du lignage et la dette de l’héritier. A travers elles, se développe un complexe système d’échanges, de transmission et de créances entre passé et présent, morts et vivants. C’est en effet pour ses morts, pour s’acquitter d’une dette dont il est né grevé que Pierre Bergounioux écrit : chacun de ses livres est une tentative pour comprendre les vies passées dont il procède afin d’en restituer symboliquement le sens à ceux qui, pour des raisons socio-historiques déterminées, en ont été privés.
Je me propose ainsi de montrer comment l’importation dans l’espace littéraire d’un objet aussi fascinant et ambivalent que la photographie renouvelle les problématiques mémorielles et permet de penser autrement le passé familial, entre reconstitution véridique des faits et ré-création fictionnelle des liens distendus.

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Lire les mystères de la paternité
La passion d’Emile de René de Obaldia
Carmen Boustani
Université libanaise (Beyrouth)
 
Texte : L’expérience de la paternité s’avère être un véritable calvaire chez le personnage prin-cipal de La passion d’Emile (2002) paru chez Grasset, grand prix de l’humour noir 1956. Les souffrances d’Emile commencent avec l’apparition du ventre de sa femme, « objet mons-trueux » auquel il tente de ne pas croire, espérant sa disparition providentielle. En effet, étant dans l’impossibilité d’assumer sa paternité et son identité, Emile choisira l’éviction souhaitée de sa personne.   Dans notre approche de l’inconscient du texte et en s’appuyant sur les analy-ses de Jean Bellemin-Noël, nous allons aborder les mystères de la paternité chez Emile par le recours à l’analyse des redondances, des métaphores et des métonymies du réseau signifiant du texte,. Les symboles paternels sont faibles, inefficaces. Ils connotent l’absence du père. Emile recherche l’image du père à travers les symboles donnés au soleil et de tout ce qui re-présentent l’ordre et la loi.
La paternité est perçue comme perte de soi, perte de la vie qui est en soi au profit de quelqu’un d’autre. Après la naissance Emile se réfugie dans son lit dans une tentative déses-pérée de retour au sein maternel. Il s’auto punit en s’empêchant de devenir puissant et tombe dans l’infantilisme. Il a besion lui-même d’un père pour grandir. Il ne réussit pas à assumer son rôle de père.
Durant la réception du texte, le lecteur éprouve de la sympathie  pour ce personnage noyé dans une attitude démissionnaire,  à la naissance de son fils, attitude qui ne tarde pas à tourner au tragique  et qui pousse  le lecteur dans un mouvement d’auto défense  pour assu-mer ses responsabilités d’adulte : « mon propre inconscient modifie ma vision de ce que je lis et ce que le livre esquisse dans la pénombre alimente en moi des rêveries qui prennent une couleur inattendue » . Si la lecture est un bouleversement, c’est moins en tant que violence que « cadre psychologique » où s’opère une recomposition de l’équilibre intérieur du sujet.
Emile est donc perçu comme figure mythique, mais théoriquement impossible dans le monde du lecteur. Son caractère fictionnel, conformément aux lois du récit est soigneusement mis en valeur. Sa densité référentielle est assez forte. Il est parfaitement intégré au roman dont il est le héros. C’est lui qui monopolise la parole.  Il s’adresse ainsi à l’inconscient du lecteur.  Car la lecture n’est pas uniquement  une opération cognitive, elle est en effet la participation. A partir de ce que nous lisons nous tirons des conclusions intéressantes.

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Au commencement …
Mythes et motifs familiaux au livre de la Genèse.
Lucienne Bozzetto-Ditto
Université de Provence

Dans l’univers culturel européen, l’essentiel des mythes familiaux semble avoir deux sour-ces : l’une est grecque, l’autre biblique . Les mythes grecs font l’objet d’études abondantes , il n’en sera pas question ici. Pour ce qui est du monde biblique, l’histoire de l’humanité, issue d’un couple unique, est intégralement une histoire de famille(s), les fondations jouant un rôle essentiel et la continuité généalogique est soulignée constamment par ces chapi-tres d’engendrements qui structure le déroulement de l’histoire : rappelons qu’en hébreu « Histoire » se dit « toledot », engendrements.
L’ensemble s’organise dès le livre de la Genèse (« Be reshit »), à partir du projet, de « la tête » (rosh) de Dieu, et parfois contre ce projet. en matière de relations familiales. Dans ce premier livre biblique,  souvent l’intérêt retient surtout Caïn et Abel, parce que leur opposi-tion rencontre d’autres mythes présents dans des cultures très diverses. Pourtant les différen-tes fratries et leurs histoires complexes  (Ismaël /Isaac, Jacob/Esau, Joseph et ses frères, Si-méon, Lévy et Dina ) ne cessent de visiter notre imaginaire, littéraire certes, mais aussi bien social et politique . La figure centrale d’Abraham, donné comme ancêtre commun à nombre de peuples parfois opposés, manifeste que même les tensions entre Hébreux et Ammonites ou Moabites, par exemple, restent encore des problèmes à l’intérieur d’une parentèle de plus en plus large.
Parler des fratries suppose en fait l’examen  des familles dans leur ensemble, et le livre de la Genèse fait apparaître des situations très variables voire contradictoires : monoga-mie/polygamie, mère biologique/mère légale, exclusion /acceptation de l’inceste, valorisation  de la primogéniture ou de l’ultimo-géniture… La plupart des situations présentes en Genèse se retrouvent dans la suite des textes bibliques, ou  parfois en viennent. Le Nouveau Testa-ment prolonge et renouvelle plusieurs de ces motifs.
Aux moments - pluriels - où textes et herméneutique se rencontrent dans une approche à la fois littéraire et théo-logique, se définissent progressivement un modèle familial et une dramaturgie qui se développent tant au plan humain qu’au plan divin (ou présenté comme tel par les écrivains bibliques) : ainsi la nécessité de l’adoption - mais les enfants aussi doivent adopter leurs parents -,  ou la séparation nécessaire entre parents et enfants pour ouvrir l’avenir.
En même temps, même si les récits proposent des schémas qui permettent la construc-tion d’une vie familiale, celle-ci est toujours menacée ; y compris quand le Père est Dieu, comme le font apparaître les prophètes :
        Je les menais avec des attaches humaines,
        Avec des liens d’amour ;
        J’étais pour eux comme ceux qui soulèvent un nourrisson
        Tout contre leur joue (…)
        Mais plus je les appelais, plus ils s’écartaient de moi…
                    (Osée, 11, 2 +4)
Sans doute nous ne pourrons qu’indiquer des directions de travail ; ce que nous voudrions néanmoins souligner, c’est la manière dont le texte met en œuvre les rivalités mais aussi les réconciliations, aussi difficiles qu’elles soient. Il n’est pas indifférent que les versets bibliques ou la tradition juive fassent d’Abel et Caïn, de Jacob et Esaü, de Rachel et Léa des jumeaux et des jumelles. Les oppositions de Jacob et Esaü, de Joseph et de ses frères, exemplaires dans leurs résolutions, disent bien que nul ne peut vivre pleinement sinon dans la paix, et dans la paix fraternelle.
Récits fondateurs, qui soustendent fortement certaines œuvres très contemporaines : roman, théâtre, bande dessinée, cinéma, black metal.
On citera au moins Thomas Mann : Joseph et ses frères, Joaquim Maria Machado de Assis : Esaü et Jacob, Arlette Pierrot : Le baiser d’Esaü
Alexander Trocchi : le roman de Caïn (la figure du junkie héro¨¨inomane, révolté, à NY)1960
Farjallah Haïk : L’envers de Caïn
Emile Baumann : Abel et Caïn , roman.

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Le théâtre de Michel Tremblay et l'impasse communicative dans la relation frère-sœur : le cas d’Albertine et d’Édouard
Cory Alan Burns
Université de Toronto

Dans la dramaturgie québécoise contemporaine, la cellule familiale occupe une place princi-pale. Sous la plume de Michel Tremblay, ce sujet est riche et complexe d’un point de vue relationnel, ses pièces traitant, parmi d’autres, les thèmes suivants : l’inceste, la folie, la mort parentale, l’orientation sexuelle et la notion de l’héritage.  Dans son œuvre, la dynamique conflictuelle atteint une sorte de paroxysme, au sein duquel prédomine ce qu’on pourrait ap-peler « l’impasse communicative ».  Tremblay transmet le caractère incontournable de cette impasse par un emploi de techniques dramatiques qui incorporent un jeu d’espace-temps, l’emploi d’éléments fantaisistes ainsi qu’une réappropriation innovatrice de la mise en scène traditionnelle.  Qui plus est, Tremblay révèle les barrières psychologiques et émotionnelles de ses personnages à travers leurs moyens d’expression verbale.
    Ma communication examinera les échanges dialogaux que partagent les personnages d’Albertine et d’Édouard, ainsi que leurs monologues, dans le but de repérer des instances d’impasse communicative. Albertine, frustrée, enragée, butée, égocentrique, fermée à la poé-sie, décide de souffrir plutôt que de faire face à la réalité. Son frère Édouard, travesti des quar-tiers populaires de Montréal, épris de culture française, tente de régler ses comptes avec la société et surtout avec Albertine, mêlant l’émotion, le pathétique et la dérision. Ces personna-ges névrosés et névralgiques figurent dans six des pièces de Tremblay: Le passé antérieur, La maison suspendue, En pièces détachées, Albertine en cinq temps, Demain matin, Montréal m'attend et La Duchesse de Langeais.
    L'impasse communicative se révèle principalement à travers ce que j’appelle le repli monologal et le dialogue conflictuel, deux moyens d’expression verbale qui fonctionnent comme des mécanismes de l’impasse communicative. Le monologue possède une qualité de dissociation qui le fait dégénérer en état d’introspection.  Le dialogue, quant à lui, démontre un rapport agressif, à la foi initiatif et réactif, composé de stratégies rhétoriques qui charpen-tent les interrelations entre les personnages de sorte que l’échange aboutit plutôt à une soli-tude à deux qui les pousse encore davantage dans la voie de l'aliénation. Les deux mécanis-mes bloquent donc le processus communicatif.  Dans les pièces à l'étude, ces mécanismes sont le résultat de ce qu’on pourrait appeler une dynamique d’incommunicabilité dont l’origine est l’influence inéluctable du dysfonctionnement familial qui assure ainsi l’isolement de la sœur et du frère.

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Une mère et son fils. L’importance du ‘drame originel’
dans la vie et l’œuvre de Jean-Paul Sartre.
Maarten van Buuren
Université d’Utrecht

Quoi de plus intime que le lien exclusif entre mère et fils, si en plus le père est mort et que la mère considère l’éducation de son enfant comme l’objectif de sa vie? Jean-Paul Sartre a vécu les premières années de sa vie dans une telle intimité. Intimité qui prenait les dimensions d’une symbiose qu’aucune censure paternelle ne venait jamais troubler. C’était le paradis, mais qui ne sera perçu par Jean-Paul comme tel qu’une fois qu’il avait été perdu.
En 1917 la mère de Jean-Paul se remarie avec Joseph Mancy. Le jeune couple déménage avec Jean-Paul qui a douze ans à ce moment vers La Rochelle où Joseph est directeur d’un chantier naval. C’est la fin du paradis et le début de la période la plus misérable de sa vie. Jean-Paul vit l’événement comme une véritable chute et il passera la reste de sa vie à transformer cette chute en un ‘choix originel’.
Jamais, Sartre ne fait mention de cette période. Dans Les mots, il saute de l’évocation de sa vie paradisiaque en Alsace, vers sa période d’étudiant et ses premières tentatives de devenir écrivain. C’est par des témoignages indirects (Simone de Beauvoir) qu’on sait la haine qu’il vouait à Joseph Mancy. Plus ce drame est refoulé, plus il revient sous une foule de formes indirectes. A notre avis, le ‘drame originel’ a influencé la vie de Jean-Paul Sartre dans toutes ses dimensions. Signalons-en les principales articulations:
*Quel rôle le drame a-t-il joué dans l’élaboration de la philosophie existentielle? La chute du paradis enfantin se laisse facilement reconnaître dans la contingence, considérée par Sartre comme une chute dans la matière. La fuite d’une réalité insupportable que Sartre a essayé de dominer par sa conscience se retrouve dans la transcendance graduelle de l’en-soi par le pour-soi.
*Ce développement pénible et douloureux est dominé par la figure du narcisse. Sartre a es-sayé sa vie durant de transformer le monde en un immense miroir qui lui réfléchit son image mille fois agrandie. Le processus narcissique résume l’effort de récupérer le monde symbioti-que d’où il avait été expulsé.
*Dans une large mesure, Sartre a exprimé ses idées sous la forme de biographies. Ce sont des biographies d’écrivains (Baudelaire, Genet, Mallarmé, Flaubert) qui le fascinent parce qu’il croit reconnaître au début de leur carrière d’écrivain le même point de départ d’où il était parti lui-même. Les biographies lui permettent de décrire par le biais d’un figure proche le drame qu’il ne peut exprimer directement. Ces écrivains le fascinent  également parce qu’il suppose (et ‘prouve’ dans ses biographies) qu’un rapport étroit lie la carrière d’écrivain au fait d’être chassée d’un paradis enfantin.
* Quel est ce rapport entre le drame originel et la décision de devenir écrivain? L’écriture de Sartre se révèle en fin de compte comme un effort de récupérer dans et par l’écriture le para-dis qui lui avait été volé. 

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Liens familiaux et quête des origines dans la littérature des Acadiens de Louisiane : une écriture généalogique au service de la mémoire collective
Cécilia Camoin-Nicolas
Centre International d’Etudes Francophones, Paris IV-La Sorbonne

Assimilés entre 1921 (date de l’interdiction du français dans les écoles), et 1968 (proclama-tion de la Louisiane comme un Etat bilingue –francophone et anglophone-), les Acadiens de Louisiane durent leur survivance au noyau familial dans lequel ils continuaient de pratiquer leur langue et leur culture. Durant le XXème siècle, ils vécurent leur identité dans l’espace clôt de la famille. Cette autarcie est à rapprocher du terroirisme et des valeurs des Québécois d’avant la ‘Révolution Tranquille’ : famille, terre, foi catholique et langue française. Le mi-crocosme familial est alors le lieu de tous les questionnements identitaires, collectifs comme personnels. Dans la littérature cadienne, les relations familiales font écho aux relations trans-nationales, et l’écriture sera une recherche des origines, une quête de lien, tant scriptural que généalogique. Cette enquête s’opèrera à travers trois grands types de relations : la connexion parents/enfants ; le lien adoptant/adopté ; et le rapport avec le parent mort.
En premier lieu, le lien parents-enfants est marqué par une rupture. Tout d’abord, les relations mère/fille, mère/fils et père/fille se caractérisent par l’absence. Cette carence renvoie d’une part à la génération sacrifiée par l’assimilation et, d’autre part, à l’abandon de la mère patrie, la France, lors du terrible épisode du ‘Grand Dérangement’, en1755.
En second lieu, le thème récurrent de l’adoption instaure un nouveau lien familial. L’adoption première est celle de la Louisiane, qui, dans les années 1785, accueillit les dé-portés d’Acadie. Premièrement, le rapport père adoptif/fille adoptive signifie un enrichisse-ment de la culture. Deuxièmement, l’adoption trans-générationnelle, avec notamment les rap-ports grand-mère/petite-fille et grand-mère/petit-fils, signe le lien entre la génération d’avant l’assimilation et celle de l’après libération linguistique. De même, le rapport grand-père/petit-fils se concentre sur l’idée d’un grand-père faisant figure de sage, face à un petit-fils happé par les sirènes de l’hégémonie anglo-américaine. Enfin, le lien entre époux, qui peut être con-sidéré comme une adoption collatérale entre adultes, est soumis à l’inégalité entre les hommes et les femmes. 
En troisième lieu, cette pluralité et cette ambiguïté des liens familiaux atteint son par-oxysme dans la volonté de créer une écriture généalogique, où le rapport entre le narrateur et ses aïeux défunts est marqué concomitamment par la biologie et une idéalisation du passé. Le Cadien moderne, dans sa quête d’Histoire et de mémoire, se confond avec ses Anciens, selon la théorie lacanienne de l’empreinte générationnelle. La relation avec les parents morts crée des personnages à la fois fantomatiques et omniprésents, tandis que la figure de l’arbre géné-alogique fait du livre une tribune, prenant le végétal comme modèle calligraphique et stylis-tique.
De cette manière, les liens familiaux stigmatisent les problèmes linguistiques et so-ciologiques des Franco-louisianais. Ils sont à la fois l’objet de souffrance et le lieu de la con-struction identitaire.


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D’un homme l’autre : la figure de l’oncle
dans l’univers romanesque de Claude Simon
Inès Cazalas
Université de Strasbourg II

L’œuvre de Claude Simon se donne à lire, et ce de manière de plus en plus ouvertement auto-biographique, comme un vaste roman généalogique. Seul homme encore vivant dans un uni-vers de veuves, le personnage de l’oncle Charles joue pour le narrateur un rôle crucial. D’Histoire aux Géorgiques en passant par La Bataille de Pharsale, on déploiera les enjeux de cette relation complexe en alliant les perspectives psychanalytique, littéraire et philosophique.
L’oncle est d’abord un substitut paternel et un double imaginaire, selon un jeu de pro-jection bien analysé par Lacan. C’est par lui que le narrateur parvient à appréhender le désir interdit (inceste, adultère) ainsi que la culpabilité qu’il engendre ; l’évocation de sa vie et du suicide de son épouse sert à masquer tout autant qu’à révéler la propre histoire amoureuse du narrateur. On se demandera comment les modalités de cette relation de transfert sont figurées par des stratégies textuelles de surimpression – avec notamment les jeux énonciatifs, la récur-rence de motifs qui orchestre la superposition des deux existences et les références intertex-tuelles à Proust et à Faulkner.
Ouvrant la voie à la lecture du texte simonien comme palimpseste, l’oncle devient une figure tutélaire de l’écrivain. Il guide le narrateur dans les méandres et les non-dits de l’histoire familiale, l’aide à en percer les secrets les plus inavouables et, dans un geste fon-dateur, lui transmet les archives familiales qui deviendront un matériau fécond de l’invention romanesque. La quête de l’origine se fait ainsi engendrement de l’écriture. En remettant au narrateur les manuscrits d’un ancêtre général de l’Empire, l’oncle identifie les deux généra-tions l’une à l’autre (« vous avez quelque chose en commun : tu as fait toi-même la guerre sur un cheval »), dans un processus indissociable d’une vision de l’Histoire qualifiée de « cy-clique » et présentée comme un « éternel recommencement », celui de la terre et de la guerre. Sur les relations familiales vient donc se calquer une conception de l’Histoire qui se donne comme la répétition de la geste de l’Ancêtre. Après l’hérédité zolienne, la « compulsion de répétition » freudienne dotée de l’ampleur apocalyptique du mythe apparaît donc comme une nouvelle forme de fatalité mêlant l’intime et le public.
Nimbée d’une autorité patriarcale, érigée en voix officielle, l’interprétation de l’oncle Charles est devenue une sorte de doxa massivement glosée par la critique simonienne. Pour-tant la répétition de l’histoire, qu’elle soit familiale ou collective, est loin d’être réductible au retour du même : elle se laisse plutôt appréhender, selon la définition qu’en propose Deleuze dans Différence et répétition, comme une répétition « qui comprend la différence, et se com-prend elle-même dans l’altérité de l’Idée, dans l’hétérogénéité d’une ‘apprésentation’ ». Si l’oncle fait figure de passeur et rétablit le lien entre les générations, le roman simonien ne peut pour autant être ramené à un simple cycle ni figé en une théorie unitaire. La généalogie se construit avant tout comme une fiction et l’écriture, en ce qu’elle accomplit un travail de deuil et s’ouvre au pluriel, fait de la répétition le creuset de l’altérité.

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Le silence de la famille dans la vie
et l'œuvre d'Albert Camus
Zahida Chebchoub              
Université des Emirats Arabes Unis (UAE University/Al Ain, UAE)

La singularité de l’oeuvre camusienne émane principalement de la relation exclusive que Ca-mus a eue avec sa famille mais d’une façon particulière avec sa mère. J’aborderai ainsi les relations suivantes: fils/mère, fils/père, petit-fils/grand-mère, neveu/oncle et frère/frère. Tout d’abord, le lien qui le rattache à sa mère est le plus fort car entre lui et cette dernière, une rela-tion assez singulière s’était établie du fait que cette mère était en quelque sorte une invalide puisqu’elle ne possédait pas le don de l’élocution. Malgré son handicap, c’est bien cette mère qui a le plus influencé Camus par son silence. Ce silence a surtout offert à Camus son aspect positif même si quelques incidents relatés à travers l’oeuvre camusienne nous poussent à penser le contraire. Mais c’est du résultat final de cette influence que nous devons tirer des conclusions. Si nous étions appelée à donner un synonyme à l’expression silence maternel, nous dicterions le terme sérénité. L’oeuvre camusienne a pour source principale et racine in-destructible le silence maternel. C’est bien dans ce silence que Camus a puisé sa force inté-rieure, sa paix inépuisable et surtout son style qui se veut constamment simple mais profond. Lorsqu’on écoute le silence de Camus, on s’en imprègne, on comprend ce silence sous toutes ses formes car il est l’un des deux éléments primordiaux qui ont influencé la vie et l’oeuvre de Camus. En effet, le silence est un pilier principal qui a façonné le style camusien. Le silence fut toujours une force conductrice qui a contribué à la création du style ou lyrisme camusien. Il a régi la vie de Camus pour ensuite façonner son écriture en lui donnant de la parcimonie et de la sobriété. Cette écriture camusienne se résume en trois expressions principales: style pro-fond, style concis, style imprégné de silence. Le silence de Camus a commencé dans la fa-mille de ce dernier. Dès son plus jeune âge, l’auteur est enveloppé par ce silence, surtout celui de sa mère. Les autres membres de la famille de Camus eux aussi ont touché la vie et l’oeuvre de l’auteur à leur manière, c’est-à-dire par leur silence et aussi leurs actes et paroles. Nous retrouvons alors la mère, le père, la grand-mère, l’oncle et le frère à travers l’oeuvre de Ca-mus en tant que personnages fictifs (dans La mort heureuse, L’envers et l’endroit, La peste, etc.) ou réels (Le premier homme).

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Les rapports familiaux affectifs et culturels dans les romans
d’Andreï Makine et d’Azzouz Begag
Cristina-Ioana Chilea
Université de Bacau, Roumanie

Pour l’écrivain « francographe », qu’il soit un exilé volontaire (Makine) ou un descendant de l’immigration maghrébine (Begag), la famille représente le point d’ancrage essentiel dans le monde aux facettes multiples dans lequel ils vivent. Déracinement et en-patriment dans la langue française, les deux thèmes sont présents chez les deux auteurs que nous nous propos-ons d’étudier en parallèle.
Chez Makine, c’est la femme qui est valorisée et implicitement les rapports qu’elle en-tretient avec les autres personnages. Elle incarne à la fois la femme du dedans (la mère ou tout autre parent qui a pour but l’initiation, la transmission du savoir et des traditions par sa manière de faire perdurer l’attachement aux valeurs ancestrales et au pays natal, en tant que « vestale de la tradition » et la femme du dehors (l’étrangère illustrant la fascination pour un autre monde) car elle est cette « étrangère étrange » par son refus de conformisme, de se plier aux normes. Par exemple la grande-mère, ou celle qui remplit cette fonction, la femme qui donne vie et envie : une nouvelle vie, l’initiation, la découverte d’un autre monde par le biais des livres permettant aux jeunes narrateurs de découvrir la France magique, telles Charlotte, Alexandra, Sacha, des vielles femmes aux cheveux d’argent dont le seul et plus précieux trésor est la langue française.
En échange, chez Begag, c’est l’image du père qui est mise en évidence. Les rapports entre le père et le fils semblent être déterminés par la langue. L’appropriation du français éloigne le fils de son père et cette distance serait la taxe de l’intégration, le tribut à payer.  Le refus du père de bien parler français est aussi sa manière de prendre sa revanche sur un pays  qui n’est pas le sien. La mort du père, son enterrement en Maroc permettront à l’écrivain de faire un retour aux origines, retour d’autant plus précieux parce qu’il est accompagné par sa fille.
Dans notre communication nous allons tenter de souligner le rapport intrinsèque entre la langue et les relations affectives familiales. En effet ce qui réunit les personnages maki-niens c’est la passion pour la culture et la civilisation françaises, l’amour pour la langue de-vient un symbole de l’amour pour la personne qui transmet cette langue. Il suffit de nous rap-peler une scène du roman La Terre et le ciel de Jacques Dormes, paru chez Mercure de France en 2003, dans laquelle le narrateur adulte se souvient d’une des nombreuses séances de lecture faites en compagnie d’Alexandra lors de laquelle il réalise que l’amour maternel peut être ressenti et vécu dans une autre langue que celle de la mère. Chez Begag, la situation est tout autre. L’apprentissage de la langue française par le fils et son insertion dans la société du «colonisateur» provoque une tension entre celui-ci et son père qui s’obstine à garder les distances envers les natifs français et à vivre avec la nostalgie de sa terre natale.

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Le cas Maria Chapdelaine ou
une famille dans tous ses états
Geneviève Chovrelat
IUT Belfort-Montbéliard

Le roman Maria Chapdelaine, écrit par un auteur français mais généralement étiqueté « littérature francophone », offre un cas saisissant de rapport familiaux qui se jouent entre littérature et fiction. La publication relève de l’histoire familiale, des rapports tendus entre un fils et son père qui a consacré ses dernières forces à faire publier l’oeuvre de ce fils défunt. Le récit conte les travaux et les jours d’une famille de défricheurs au début du XXe siècle dans une zone déshéritée du Québec où tout est à bâtir. Le roman a été lu longtemps comme une histoire de famille édifiante aussi bien en France qu’au Québec. L’héroïne éponyme, promue figure emblématique du sacrifice à la famille, a dans une lecture nationaliste, symbolisé la fidélité à la terre. Cette métaphore, filée par des écrivains du Canada français, a accentué une représentation traditionaliste de la famille marquée par le genre selon une répartition sexiste des rôles. Le succès sans précédent obtenu par l’éditeur Bernard Grasset a amené un après-texte qui a largement débordé le champ littéraire. Puisque le « récit du Canada français » a été longtemps présenté comme un chef d’œuvre catholique, il convenait de faire de son auteur un homme tout à fait convenable. C’est Marie, la sœur de Louis Hémon qui, prenant la pause de la gardienne de l’œuvre, a imposé une censure dont la conséquence fut double, littéraire et familiale. Elle a retardé de trente ans la parution d’un livre, Monsieur Ripois et la Némésis, trahissant ainsi son frère qui souhaitait tout particulièrement voir en ouvrage de librairie son dernier roman écrit à Londres. Elle s’était accordée avec l’éditeur qui, lui, ne voulait pas heurter le public catholique de Maria Chapdelaine. Le livre sentait le soufre car la vision de la famille était mise à mal par tous les personnages, de l’anti-héros éponyme à toutes les femmes victimes du séducteur prédateur. La sœur de l’écrivain qui a élevé la fille de son frère, a gardé non seulement le silence sur Ripois mais aussi sur l’existence de la compagne anglaise, la faisant passer pour morte même à sa propre nièce. Il a été difficile de lire Maria Chapdelaine en oubliant tous ces clichés à la fin du XXe siècle ; certaines écrivaines québé-coises ont rejeté l’héroïne comme si elle véhiculait l’aliénation féminine au sein de la famille. D’autres, ignorant tout de l’histoire personnelle de Louis Hémon, l’ont accusé de malhon-nêteté intellectuelle, écrivain édifiant dans son œuvre et peu recommandable dans la réalité. Maria Chapdelaine donne à voir des relations familiales selon un axe rare pour l’époque. La relation père-fille, mise en valeur tout au long du récit, est métaphorique et ressortit aux masques de l’écriture. Le père Chapdelaine fait de la terre comme l’écrivain accomplit son œuvre en langue française comme Maria se mariera sans amour pour vivre dans sa langue. Les rapports familiaux mis en question par la fiction suggèrent un proche éclatement de la cellule familiale et la solitude de l’écrivain.

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De la famille chez Andreï Makine
Murielle Lucie Clément
Université d’Amsterdam

Dans les romans d’Andreï Makine, la famille apparaît comme une entité maltraitée, unie tout en étant de composition disparate lorsqu’elle n’est pas réduite à sa plus simple expression de couple, inexistante dans ses ramifications. Ses membres, dûment représentés, que ce soit mère, fils, père, tante, fille, grand-mère, frère, se profilent au fil des pages sans être ce qu’ils paraissent au premier abord.  L’ambivalence règne parmi la fonction qu’ils remplissent au sein du cocon familial, cercueil plombé jaloux de ses proies plus que chrysalide d’où s’envolerait dans un bruissement chatoyant un papillon soyeux. Quelle est cette famille et que représente-t-elle ?
Les parents et leur progéniture sont souvent liés par des attaches trempées de sang et de mort jusqu’à tisser un amour absolu. Les secrets sont tus jusqu’au trépas. Monnaie cou-rante, le mensonge par omission protège, jusqu’à ce que mort s’ensuive, l’âme juvénile si ce n’est celle de l’adulte. Les enfants ne recevront les confidences qu’une fois l’âge de raison atteint ; les parents n’apprendront certaines vérités qu’arrivés au seuil de la folie ou du décès. N’est-ce pas là le concept même de l’enfance : être gardée, défendue des aléas de la vie d’adulte. Tout dépend des secrets gardés et chez Makine ils sont très lourds : inceste, canni-balisme, internement barbares, massacres, viols sauvages et famines planifiées : symboles et métaphores d’un système cruel, broyeur de vies humaines.
La famille pâtit sous le joug totalitaire et le regard sociétal. Tiraillée jusqu’à l’écartèlement, meurtrie, disloquée, pantin désarticulé, elle gît moribonde dans le crime de sang, bafouée dans le simulacre, ignorée dans la fraternité, exécrée dans l’attente. Béatifiée dans les bras des madones, elle ressurgit tel un phénix de ses cendres et, meurt d’épuisement sous l’effort dans un pays où le nous a remplacé le je.
Nous nous proposons d’offrir un aperçu de la famille, des liens familiaux et de leurs représentations dans les différents romans de l’écrivain et d’en dégager les symboles respec-tifs et leurs implications. L’approche méthodologique utilisée sera celle du « close reading », la plus appropriée à l’analyse critico-spectrale que nous entreprenons.

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Un «médiateur» familiale?
La figure de la baby-sitter dans les romans pour la jeunesse:
Marie-Sophie Vermot, Fanny Joly, Geneviève Brisac,
Susie Morgenstern, Marie-Aude Murail.
Anna Marchioni Cucchiella
Università Roma III

La proposition voudrait aborder la construction de l’identité de l’enfant et des relations fami-liales dans la littérature de jeunesse. En s’interrogeant sur l’entourage proche de l’enfant un personnage clé s’est détaché: il s’agit de la baby-sitter.
En effet, hormis ses parents, quels sont les adultes qui sont présents de façon régulière dans la vie de l’enfant? On peut penser à la baby-sitter qui endosse le rôle des parents de temps en temps: soit après l’école le temps, soit pendant les vacances, soit lors d’occasions particulière.
De plus, si la figure de la baby-sitter est souvent présente le temps de l’enfance, elle peut dans certains cas perdurer quand arrive l’adolescence mais pas sans une certaine évolu-tion. Dans cette optique, l’ex-enfant devient à son tour baby-sitter et la situation ainsi inversée lui semble toute différente. Sachant tout cela, on peut s’interroger sur la façon dont est décrite la baby-sitter dans les romans de littérature de jeunesse et se demander en quoi la figure de la baby-sitter joue-t-elle un rôle important dans la construction identitaire de l’enfant. Pour ten-ter de proposer une réponse à cette question, nous nous proposons d’étudier un corpus de cinq oeuvres selon le plan suivant: dans un premier temps, voyons l’importance accordée au dé-passement des préjugés et des stéréotypes, puis la figure de la baby-sitter comme facteur d’aide à la responsabilisation pour les enfants mais aussi pour les parents.

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De quelques histoires de famille à la naissance de Chloé Delaume
Marc Décimo
Université d’Orléans

Chloé Delaume est un écrivain français actuel. Elle est née en 1973. Je souhaiterais montrer comment sa venue à la Littérature, son intérêt pour l’« autofiction » dans ses romans et, en particulier, dans Les juins ont tous la même peau. Rapport sur Boris Vian (2005), sont condi-tionnés par ce qui pourrait n’apparaître que comme une anecdote, que comme un fait divers, que comme une histoire de famille terriblement dramatique. Et, surtout, je souhaiterais montrer comment un événement particulièrement traumatique exerce son ananké dans le tra-vail que Chloé Delaume poursuit sur la langue (vocabulaire et syntaxe en particulier), travail qui lui confère un « style » et sa singularité.

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Mélancolie des origines
Laurent Demanze
Centre Roman 20-50

Depuis les années 1980, s’impose dans la littérature française ce que Dominique Viart a ap-pelé le récit de filiation. De Pierre Michon à Annie Ernaux, de Pierre Bergounioux à Jean Rouaud, se dit un désir de connaissance de soi, mais à travers l’histoire des ascendants.  Or la geste familiale est une geste brisée par l’accélération de l’histoire qui marque notre modernité. Le temps des ascendants dont hérite le sujet est un temps marqué par la lacune et la faille : l’individu contemporain est confronté à des traces éparses, à des reliques défaillantes s’il veut restituer sa genèse familiale.
    Dès lors l’individu contemporain s’éprouve comme celui à qui le passé fait défaut. Aussi les récits de filiation se font récits mélancoliques où l’emporte la part manquante de l’histoire familiale. Il s’agit de restituer des figures effacées, des êtres mal épanouis dans un récit où l’hypothèse critique le dispute à la fiction rêveuse. Ainsi, le sujet s’éprouve comme un orphelin, comme celui qui éprouve un deuil inconsolable. On sait depuis Freud ce que la mélancolie doit au deuil impossible et à la culpabilité. En effet, dans le récit de filiation, l’écrivain se sent endetté envers ses ancêtres, et entame bien souvent les litanies de l’aveu coupable (Pierre Bergounioux) et le sentiment vif d’une trahison (Pierre Michon, Annie Er-naux).
    La mélancolie des origines dit l’impossible retour du sujet au pays d’enfance. Car le récit qui dit le temps des ascendants est en même temps un récit qui constate sa perte, voire la redouble. L’écriture du récit redouble en effet la perte, puisqu’elle risque de déformer ou de recouvrir la vérité singulière des ascendants. L’écriture est dès lors souvent ressentie comme le lieu d’une césure entre soi et ses ancêtres, entre la constitution d’un livre et une famille souvent modeste ou illettrée.
    Le récit de filiation est dès lors un récit incertain et inquiet, qui à la manière du mélan-colique met en exergue son impuissance et le risque de l’échec. Récit interminable et ressas-sant (Jean Rouaud, Pierre Bergounioux), le récit de filiation mène une enquête interminable qui bute sans cesse sur le vide ou le silence des ascendants. Le récit de filiation est ainsi le symptôme d’une époque qui fouille et scrute un passé à proportion qu’il lui fait défaut. D’une époque qui archive sans fin, prise dans une frénésie de l’histoire, de la commémoration, mais parce que la mémoire comme l’a montré Pierre Nora est désormais une mémoire en miettes.

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Père amant, père absent…la  figure paternelle entre absence et imposture dans le théâtre  de  Marie Ndiaye  (Papa doit manger, 2003)
Annie Demeyère
Université Paris X Nanterre

Après dix ans d’absence un père africain cherche à reconquérir sa femme et ses deux filles, Mina et Ami, adolescentes. Du rejet initial de Mina, attachée à son beau-père, en passant par la pitié, l’intérêt, un incertain amour filial et la fascination pour ce demi inconnu, la relation  Père / fille  se jouera sur la scène truquée des faux-semblants, des mensonges réciproques.
En quoi l’absence nourrit-elle la perversion des rapports filiaux ?
Deux formes d’absence de la figure paternelle peuvent brouiller les pistes de l’identité : la configuration matriarcale de la famille, où la mère est phallique, omniprésente, castratrice, fait du père présent « physiquement » un symptôme du manque, du vide imagi-naire. De nombreux récits de filles, de fils de « mamma » méditerranéenne ou orientale appel-lent à la rescousse le père « en chair et en os » pour qu’il habite de son verbe l’autorité défail-lante.
 Dans Papa doit manger, le propos, plus classique fait du père absent un revenant, un étranger. C’est le corps du père qui a manqué à sa femme, à ses filles. Au nom de cette très longue absence, les filles contestent le lien génétique, rompent le lien du sang. Les préroga-tives de la paternité sont des simulacres intéressés. Le discours itératif du père se heurte à la sagacité des filles. Ce sont elles, à la place de la mère qui veulent faire du dévoilement de l’imposteur  un acte de salubrité familiale.
      L’absence peut idéaliser la figure paternelle, nimbée de cette autorité que la psychana-lyse prête à la Loi. Le Père présent  fonctionne comme un repère. Mais le Père absent prend-il la place de l’amant dans les rêveries adolescentes ? Et la posture narcissique, incantatoire Je suis papa, face à l’incantation filiale Il me suffit que tu sois vivant et que tu sois mon père suffisent-elles à effacer le scandale du mensonge et de l’imposture de Papa ? Dans le registre pervers se racontent aussi les confidences entre père et fille.
L’imaginaire incestueux Je suis riche et je veux être séduit, mes filles douces comme des chattes comme dans tous les romans de Marie Ndiaye marqués du sceau de l’étrangeté familiale, hante la pièce, tandis que l’amour investit de sa lumière le rapport entre Ah-med/Aimé, le revenant, et l’épouse abandonnée. Cet amour passionnel qu’elle entretient pour son ex mari, le Beau Noir dandy, narcissique, nourri de l’érotisme de l’autre race comme d’un autre continent la met en concurrence avec ses filles. A la manière des pères absents dans l’œuvre de Patrick Modiano, le vide laissé par Papa a nourri les rancœurs, le mépris. Ami, la sœur effacée, junkie, représente le côté le plus noir de cette relation inégale.
     Si La loi invite les enfants à s’occuper de leurs parents, c’est en Antigone que Mina se lève contre les conventions sociales. Tout écrivain dénonce l’absurde des liens du sang. Mina éprouve dégoût, répulsion envers ce père encombrant qui, dans le retournement classique de la vieillesse  devient l’enfant de sa propre fille. La relation Père/Fille est restée prisonnière des malentendus de l’absence. Le père a contracté une dette. Cet argent que la mère encore amou-reuse est prête à donner, les filles en usent avec leur père comme d’une monnaie d’échange. Entre Père et Fille, l’argent vient contaminer les relations des mêmes arrières pensées que celles entretenues dans la prostitution.
La rédemption semble absente des relations Père/ Fille, Enfant/Parent en général,  tan-dis que seul  l’amour conjugal résiste au  désenchantement.

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Conjugalisme et familialisme dans
la littérature féminine contemporaine
Christine Détrez
Ecole Normale Supérieure Lettres et Sciences Humaines

 J’ai mené en collaboration avec Anne Simon (chargée de recherches au CNRS en littérature) un travail sur la littérature féminine française contemporaine, à partir d’un large corpus de romans (Bouraoui, Darrieussecq, Delaume, Nobécourt, Despentes, Laurens, Ernaux, Cusset, Millet, Ferney, Rozen, N’Diaye, etc.) . Au coeur de notre travail étaient les représentations de la famille brossées dans ces œuvres, à travers deux thèmes abondamment traités par chacun des romans : les rapports à la maternité et les rapports conjugaux. C’est l’articulation dialec-tique de ces deux aspects et le passage de l’un à l’autre que je souhaiterais aborder dans ma communication. En effet, les relations familiales dans cette littérature féminine contemporaine suivent deux mouvements complémentaires : d’une part, il semblerait que, pour prendre leurs distances avec une représentation du féminin stéréotypée, certaines de ces romancières, inspi-rée par une forme de féminisme radical, rejettent avec violence la maternité : une des héroïnes de Chloé Delaume jure ainsi que « jamais génitrice elle ne s’achèverait », accumule « pilule, préservatif et stérilet, suppliant les médecins d’accélérer en elle le règne ménopause » (Cer-tainement pas, 2004, p. 248) et quitte ses compagnons au moindre signe menaçant d’attendrissement devant les enfants des autres… L’assimilation de la femme à la mère, du ventre à la matrice, est vécue comme une réduction. Mais la dénonciation de cette vision « utérine » de la femme laisse place à un second cliché : à la mère succède la maîtresse et amante, et pour faire bref, à la matrice le vagin. En raison de cette apparente focalisation sur une sexualité affranchie des structures familiales classiques, la plupart de ces romancières sont décrites par la critique et les médias comme iconoclastes et provocatrices : elles oeu-vreraient à la dissolution des structures familiales au profit de l’affirmation de la liberté et de la sexualité individuelles. Mais cette analyse ne résiste guère à une lecture attentive des tex-tes : paradoxalement, les relations extraconjugales restent en effet dirigées vers la protection du couple, celui-ci apparaissant comme la structure élémentaire de la famille. Or, il est in-téressant de mettre en relation cette évolution avec des tendances générales de la société con-temporaine, et notamment la corrélation mise au jour par les démographes entre le retard de l’âge au premier enfant et une nouvelle norme qui serait la croissance de la durée de la vie à deux, avant les enfants. Ainsi, il semblerait que dans ce corpus, même si la relation familiale privilégiée n’est plus celle qui relie la mère et l’enfant, mais la femme et son conjoint, la fa-mille reste néanmoins le pivot central de la société, au prix d’une reformulation contempo-raine de l’amour romantique, dont il s’agira en conclusion d’analyser les enjeux sociaux.



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L’écrivain, « fils de sa mère » :
de la représentation sociale à la symbolisation
Cheikh M. S. Diop
Université Paul Valéry – Montpellier III
La mère représente dans les cultures d’Afrique la première créature. Equivalente de la Terre, elle a été forgée même de la main du Dieu, à qui elle servira d’épouse ensuite. Mais son "in-conduite" lui a valu la colère de celui-ci. Ce début de mythe donne deux formes de conception de la femme : celle à qui on doit tout et celle par la faute de qui tout malheur est arrivé. La première est plutôt la réaction du fils et la seconde celle du mari. Celui-ci ne tarit pas de re-proches à l’égard de sa femme alors que l’enfant sublime souvent la mère. Du point de vue artistique, notamment littéraire, ces différentes perceptions traditionnelles sont à la base de deux types de représentation comme on peut le voir dans des textes francophones du Maghreb ou d’Afrique de l’ouest. Par exemple, L’escargot entêté de Rachid Boudjedra est la sublima-tion de la mère-gardienne de la tradition orale; L’enfant de sable de Tahar Ben Jelloun en of-fre plus l’image d’une femme bâillonnée par l’abusive autorité masculine ; et dans En atten-dant le vote des bêtes sauvages (ou même Monnè, outrages et défis) de Ahmadou Kourouma, la mère et l’épouse gardent la place qui est la leur dans une culture à la base matriarcale. Mais de part et d’autre, l’écrivain est « le fils de sa mère » puisqu’il tire son inspiration de l’imaginaire de sa terre natale.
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« La famille chez Marguerite Duras:
variations autour d’un mythe ».
Hamida Drissi
Université de Marne-La-Vallée

Marguerite Duras ne cesse de revenir sur l’importance de la famille dans la constitution de sa personnalité et de son univers romanesque. Elle souligne, tout au long de son œuvre, la com-plexité et l’ambivalence des relations familiales. Des Impudents à L’Amant de la Chine du Nord, elle met en scène « une famille en pierre, pétrifiée dans une épaisseur sans accès au-cun » et évoque une histoire « de ruine et de mort », de haine et d’amour mêlés (cf. L’Amant, Ed. Minuit, 1984, p.69).
Au centre du noyau familial, la mère, personnage hautement ambivalent. Elle apparaît tantôt comme une mère nourricière sacrifiant sa vie pour ses enfants, tantôt comme un mon-stre mythique et dévastateur battant sa fille et vouant un amour fou à son fils aîné Pierre. Cette préférence indéfectible qu’elle a pour le grand frère exclut les deux autres enfants : Marguerite et Paul. Ces derniers, constamment menacés par la cruauté du frère aîné, ont survécu grâce à l’amour qu’ils éprouvent l’un pour l’autre. Au fil des textes, l’écrivain révèlera le caractère incestueux de cet amour. En effet, l’inceste entre frère et sœur est l’un des topoi des récits durassiens, évoquant le mythe de l’Androgyne et révélant la fragilité des personnages du frère et de la sœur face à l’injustice de la mère.
Dans l’œuvre durassienne, le clan familial se construit et se déconstruit autour de la préférence indéniable que la mère avait pour son fils aîné et autour de la confrontation tragique des deux frères. Cette confrontation acquiert petit à petit une dimension poétique et symbolique dans la mesure où elle nous renvoie au mythe de Caïn et Abel.
D’où la problématique qui guidera notre communication « La famille chez Marguerite Duras: variations autour d’un mythe »: Dans quelle mesure l’écriture durassienne procède à une réécriture personnelle du mythe de Caïn et Abel? Peut-on dire que seule l’écriture permet à Duras de conjurer la violence, la haine et l’exclusion ? Est-il possible que l’origine de l’activité littéraire, chez Duras, soit à chercher au sein même de cette famille à la fois adorée et haïe ? Autrement dit, à quel point la mythologie familiale, comme foyer de tensions, ali-mente la création durassienne ? Au total est-ce que l’œuvre, née du rejet de la mère, est à in-terpréter justement comme une structure destinée à dissimuler ce rejet ?

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Père ou fils de ses œuvres ?
Sylvie Ducas
Université de Paris X-Nanterre

Depuis une vingtaine d’années, la littérature française est le théâtre d’un retour en force d’autobiographies ou plutôt de récits de filiation qui revisitent la question de l’identité et de l’individu à l’aune des figures et relations familiales qui la fondent.
Parmi elles, la figure du Père occupe une place de choix, comme si la fiction de soi ne pouvait faire l’économie d’une réflexion, moins sur l’hérédité que sur l’héritage dont tout fils (ou fille) est le produit.
Dans la continuité de mes travaux sur la construction identitaire de l’écrivain, cette communication se propose donc d’étudier cette problématique à partir des œuvres de Pierre Michon (Vies minuscules), Pierre Bergounioux (L’Orphelin, La Toussaint…), Jean Rouaud (Des Hommes illustres, Pour vos cadeaux, Sur la scène comme au ciel…), Annie Ernaux (La Place, La Honte…) et Marie Nimier (Reine du silence).
Pour tous ces auteurs en effet le père n’a plus rien d’évident : père absent, père issu de classes sociales modestes ou provinciales, ou encore père obsédant à la présence excessive, il n’est plus une fonction au sens psychanalytique du terme ni un modèle à imiter, encore moins une figure d’autorité ou le garant d’un système de pensée.
Du coup, la relation au père devient un enjeu existentiel mais aussi littéraire : savoir ce dont on hérite, ce qu’on subit, rejette ou ignore d’un tel héritage revient à la fois à s’interroger sur les outils de l’investigation (enquête, archives, hypothèses, fiction…) et sur la langue ou la poétique la mieux à même d’en rendre compte (écriture « plate », pastiche, détournement de genres, lyrisme, etc).
Mais par-delà ces projets d’écriture singuliers, on tentera de montrer que cette crise du Père recouvre plus largement une crise de l’écriture contemporaine marquée par le soupçon, la désillusion, la faillite historique des convictions et des idéologies.
En destituant la figure paternelle de sa valeur exemplaire et en l’instituant en figure du manque, les fictions de soi contemporaines y perdent certes en assertion et en certitude, mais y gagnent un espace de liberté inédit : repenser ce qui jusque-là faisait autorité et s’affirmer comme l’auteur de son père et non l’œuvre de ce dernier. Car ce père inventé, ce père de pa-pier, offre à l’écrivain de devenir, comme l’écrit Pierre Michon, « le fils de ses propres œu-vres ».

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Reconstruction de l’image du père : stratégies textuelles
dans La Reine du silence de Marie Nimier
Valérie Dusaillant-Fernandes
Université de Toronto, Ontario, Canada

Auteure de romans, d’histoires pour enfants et de textes chansonniers, Marie Nimier ne cesse d’écrire depuis 1985. Toutefois, il faut attendre La Reine du silence (2004) pour découvrir un livre qui s’attaque à la figure du père. Ce texte autobiographique, prix Médicis en 2004, est un retour au passé, un vendredi de l’année 1962, date à laquelle son enfance chavire : du haut de ses cinq ans, elle apprend la mort de son père, Roger Nimier, au volant de sa voiture. Nimier se souvient de cet événement traumatique et s’interroge : qui était ce père célèbre qu’elle a si peu connu. Elle reconstruit l’image de ce « papa » absent en s’aidant de ses maigres souve-nirs, de témoignages, de rêves et de lettres. Partant de sa question obsédante « Comment ça marche un père? » (La Reine du silence 170), Nimier va rassembler les pièces du puzzle en fouillant son passé mais aussi en essayant de comprendre le présent notamment sa relation avec ses propres enfants marqués par l’absence du grand-père.
Chez Nimier, l’énonciation hybride (une double voix qui aide et guide le « je » nar-rant), les remarques métatextuelles, les descriptions de traces matérielles (un stylo à pompe, deux feuillets dactylographiés, une carte postale, une photographie, pour ne citer que ces exemples), les formes du silence (titre de l’ouvrage, nombreuses questions sans réponses, les phrases incomplètes, etc.) et les constantes références aux événements du présent qui sem-blent liés à la disparition du père participent à l’inscription textuelle de la fragmentation du sujet. Je montrerai que c’est non seulement à travers ces différents procédés textuels mais aussi avec la mé-moire des proches et des amis du père que la reconstruction identitaire se réalise, que les sou-venirs refont surface. Nimier revisite la perte de son père en allant à la recherche de témoins qui vont lui permettre d’aller vers « le chemin de la reconnaissance » (53). En effet, c’est par la mémoire des proches que la reconstruction identitaire se réalise, que les souvenirs refont surface : les amis du père (11), son demi-frère Hughes (23), de son frère aîné Martin (35), sa mère (57). Dans ma communication, je me pencherai sur ces différentes stratégies textuelles mises en place pour effectuer ce travail de reconnaissance, comme un père reconnaît son en-fant. Ce faisant, Nimier finit par se constituer une image fantomatique du père qui la mène à un apaisement intérieur.

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Les relations familiales dans les livres de jeunesse au Maroc
Latifa El Hadrati
Université Hassan II, Mohammedia, Maroc

Notre étude aborde la littérature de jeunesse francophone au Maroc, elle traite des relations familiales qui s’instaurent entre les différents personnages du récit : -fille/père ; -fille/belle-mère ; -fille/mère ; -fille/grand-mère ; -fille/cousin ; -fils/père ; -fils/mère ; -fils/belle mère ; -fils/grand-mère ; -époux/épouse ; -etc.
Elle portera sur une centaine d’ouvrages publiés au Maroc entre 1990 et 2006, écrits dans la majorité des cas par des Marocains, ils sont de différents genres : récits courts, ro-mans, contes, pièces de théâtre ou bandes dessinées.
Nous précisons si les personnages mentionnés ci-dessus entretiennent vraiment un rapport entre eux, et nous dévoilons les types de relations qui s’établissent entre eux. 
Notre étude analysera spécialement le discours. Elle consiste à répondre à certaines questions qui nous paraissent importantes : -Est ce que la famille est valorisée dans la littérature de je-unesse marocaine ? -Quelle est le statut de la famille marocaine tel qu’il est souligné dans les livres de jeunesse ? -Est ce que le pouvoir patriarcal apparaît dans les livres ? -La mère est-elle en situation dominée, dominante ou jouit du même statut que celui du père ? -Les enfants réussissent-ils à communiquer avec leurs parents ? Si oui, quel est le membre avec qui ils communiquent le plus ?
Ces questions nous permettent de réfléchir sur le problème du statut de la famille dans la littérature de jeunesse au Maroc et d’amener les auteurs à accorder davantage d’intérêt à ce

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L’enfant disparu : deuil, famille et écriture
Pierre-Louis Fort
Université Paris 7 – Denis Diderot

Articulée autour de la question du deuil, cette communication propose d’appréhender la problématique des relations familiales en liaison avec la mort. Il ne s’agira pas d’étudier ici la disparition du père ou de la mère dans les textes que les enfants peuvent leur consacrer  mais celle de l’enfant dans les textes écrit par des parents endeuillés.
L’étude interrogera cette relation brisée en examinant comment la rupture thanatique  remet en jeu la filiation et la parentalité, bouleverse les identités et renverse les normes établies. Elle montrera comment le texte participe du deuil quand il n’est pas travail du deuil lui-même et mettra en perspective le sens que peuvent prendre les idées de famille ou de « relations familiales » lorsqu’elles sont placées sous le signe de la mort infantile. Qu’advient-il alors il de la maternité et de la paternité ? On se demandera ainsi ce que la mort de l’enfant nous dit sur la famille et ce que la famille peut – ou ne peut pas– dire sur la mort de l’enfant.
La communication s’appuiera sur des textes contemporains, notamment sur Philippe  de Camille Laurens, L’Enfant éternel  de Philippe Forest et A ce soir  de Laure Adler (tout en se permettant de faire brièvement allusion à George Sand et Sénèque).
    Méthodologiquement, l’étude recourra à des références historiques, sociologiques, philosophiques et psychanalytiques. Conformément au souhait émis dans l’appel à communi-cation, elle privilégiera les critiques francophones en utilisant des travaux aussi variés et dif-férents que ceux de Philippe Ariès, Muriel Flis-Trèves, André Green, Julia Kristeva, Nicole Loraux, Michel de M’Uzan, Louis-Vincent Thomas et Michel Vovelle.

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La double filiation des Weyergans
Bibiane Fréché
University of Oxford - Université libre de Bruxelles

« Je suis un auteur très familial. »
François Weyergans, dans Lire, déc. 1997-janv. 1998

On a beaucoup parlé de Trois jours chez ma mère, qui a valu à François Weyergans le Prix Goncourt. Il importe également de se pencher sur les relations que l’écrivain entretenait avec son père et qu’il décrit dans Franz et François. Son père, Franz Weyergans, était un écrivain catholique, reconnu dans le monde catholique belge. Le roman Franz et François relate l’histoire mouvementée des relations entre le père Franz et le fils François. Mais au-delà de la simple relation père-fils, le roman fait part d’une autre filiation, la filiation littéraire qui unit le jeune écrivain à son père écrivain. Le roman raconte donc à la fois le chemin parcouru par le fils pour exister par rapport au père, mais aussi le chemin parcouru par l’écrivain, pour exister, sur la scène littéraire, par rapport à son père écrivain.
    La question du rapport du fils François à son père Franz est d’autant plus intéressante que Franz a lui-même écrit des ouvrages sur ses enfants, dont Enfants de ma patience. Par ailleurs, Franz était un auteur passionné, en grand chrétien catholique, par la défense de la famille nombreuse et du mariage.
Les ouvrages de François Weyergans s’inscrivent donc de différentes manières dans le thème des relations familiales. Et c’est tout logiquement qu’on peut parler d’une double filia-tion chez les Weyergans, dans le sens d’une filiation à la fois familiale et littéraire, mais aussi dans le sens d’une relation père-fils écrite en miroir, à la fois par le père et par le fils, fait lit-téraire assez rare.
    Dans un premier temps, nous étudierons le contexte biographique et historique très différent de Franz et de François Weyergans. Nous verrons en quoi l’enfant a dépassé le père, que ce soit par son lieu de naissance, sa scolarité ou par sa littérature.
Nous analyserons ensuite le roman à l’aune de la double filiation, familiale et lit-téraire. Nous montrerons en quoi François se démarque de son père, en transgressant par ex-emple l’éducation catholique qu’il a reçue, l’image de la famille que son père lui a inculquée ou encore l’interdiction de devenir écrivain. Le scandale sert en fait de pièce maîtresse dans le processus de distinction du fils par rapport au père. Nous verrons cependant que François aborde également constamment les points de filiation qui l’unissent à son père. Parallèlement à l’analyse de Franz et François, nous aurons recours aux textes de Franz Weyergans qui ont trait à son fils François. D’autres textes de François Weyergans, dont Trois jours chez ma mère ou le capital Je suis écrivain, viendront également étayer le propos.
Enfin, nous nous interrogerons sur les liens de parenté qui unissent d’autres écrivains belges à leurs parents écrivains (Jean Mogin et Paul Nothomb par rapport à leur père Norge et Pierre Nothomb ; Paul Willems et Françoise Mallet-Joris par rapport à leur mère Marie Gevers et Suzanne Lilar ; Charles Bertin par rapport à son oncle Charles Plisnier). Il s’agira de voir si le scandale et la distinction violente sont une manière récurrente de se distinguer du parent écrivain. C’est par exemple le cas pour le premier ouvrage de François Mallet (qui ne signait pas encore Mallet-Joris), Le Rempart des Béguines, qui avait fait scandale lors de sa parution en 1951. D’un cas concret, nous tenterons donc d’étendre la réflexion d’une part à d’autres cas de relation père-fils et d’autre part à d’autres cas de filiation littéraire.

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Des pères et des filles à travers l’oeuvre de Assia Djebar
Margarita Garcia Casado
Université de Cantabria

L’image de la relation entre les pères et leur descendance féminine est une image récurrente de l’oeuvre de Assia Djebar. La lecture de ses plus récents romans comme Vaste est la prison offre le portrait d’un père idéalisé ayant préservé sa fille, Isma, du voile et de l’emmurement. Toutefois, une lecture attentive des relations entre pères et filles à travers le parcours littéraire de Djebar montrera que cette vision positive contient aussi des zones d’ombre et équivaut non pas au portrait d’un seul homme mais à une écriture cheminant au travers de multiples figures paternelles et de leurs relations avec leurs filles. Alors que Djebar s’étend longuement sur les relations positives entre un père et sa fille, il semblerait qu’elle n’évoque qu’à contrecoeur les conflits existant entre pères et filles.
    Ses premiers écrits comme Les enfants du nouveau monde (1962) et Les alouettes naï-ves (1967) offrent des images opposées de la relation entre père et fille. Dans Les enfants du nouveau monde, le père de Lila, l’un des multiples personnages de ce roman à plusieurs voix, préfigure le père dépeind dans Vaste est la prison. Mais nous trouvons dans le même texte d’autres portraits de figures paternelles. Portraits tronqués certes mais qui méritent du fait même de leur brève description que l’on s’arrête sur le silence de l’auteure quand à ces figu-res paternelles. En effet, il existe d’autres personnages féminins dans ce texte mais la relation qui les liait au père est à peine évoquée si ce n’est par la mort. Dans le cas de Salima et de Hassiba, le texte ne s’étend pas, outre la mention de la mort de la figure paternelle, sur ce qu’était la relation entre ces personnages et leur géniteur. Salima représente le miroir inverse de la relation qui unit Lila à son père : ce sera par sa mort que son père la délivrera du sort qui lui était dévolu de par son sexe. De même, le texte ne nous dit rien sur la relation qui unissait Hassiba à son père, si ce n’est qu’il n’est plus. Enfin Djebar ne citera le père de Touma qui comme celui de Lila envoya sa fille à l’école française, que pour clore cette évocation par la mention de sa mort. De plus, il existe des portraits plus sombres de pères qui tuent leur fille pour punir l’atteinte faite à l’honneur de la famille.
    Pareillement le père de Nfissa, principal personnage féminin de Les alouettes naïves constitue une copie de celle du père de Lila et de Isma. Mais ce portrait présente une facette contradictoire car bien qu’il ait permi que ces deux dernières filles aillent à l’école française, il n’eut pas cette largesse d’esprit pour Houria et Djamila, ses aînées, qui furent voilées dès l’âge de huit ans. 
    Il semblerait donc que l’écriture de Djebar répugne à approfondir les zones d’ombre qui constituent toute relation entre père et fille. Comme si seule prévalait la vision positive de la figure paternelle.
    S’agit-il de pudeur ? de respect face à la dignité de la umma, de la communauté arabo-musulmane ou d’une réécriture personalisée et idéalisée de la première figure paternelle du monde islamique ? De la figure du prophète en tant que père. Un père qui ne saurait être qu’aimant, compréhensif et compatissant face au bonheur de Fatima, sa fille, la seule per-sonne à travers laquelle il donnera descendance à la communauté musulmane. 

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La Veuve : personnage emblématique de la thématique
et de la poétique alduciennes
Bernard-Marie Garreau
Université d’Orléans (Laboratoire Littérature et Histoire)

L’évolution du substantif puis de l’adjectif veuve souligne à quel point le mot et la notion ne touchent fondamentalement que la femme dans notre Histoire des mentalités. Le masculin n’apparaît que tardivement, à la fin du XVIe siècle.
On trouve en effet très peu de veufs dans la production de Marguerite Audoux*, qui sacrifie ainsi à la tradition.
Le veuvage féminin, dans son œuvre, est finalement l’un des statuts qui permet à la famille d’exister, tant il est vrai que l’image, déjà dépréciée, d’un père doit, d’une façon ou d’une autre, être anéantie pour que cette famille continue à fonctionner. L’altération d’autobiographèmes avérés en est déjà le signe, dans Marie Claire (1910), où la veuve Deslois est celle qui inflige une blessure définitive à la jeune héroïne en lui refusant l’accès à son clan : dans la réalité (une lettre d’Alain Fournier à Jeanne Bruneau en témoigne), c’est le mari, bien vivant, qui chasse la jeune bergère   scénario qui sera rétabli in fine dans Douce Lumière (1937). De même, la première fermière qui s’occupe de Marie Claire est rendue veuve trente six ans plus tôt que dans la réalité.
Parfois victime, mais souvent bourreau, et liée, quoi qu’il en soit, au mal et au mal-heur, la veuve est ainsi au principe d’une recherche désespérée de la famille chez tous les per-sonnages, principalement féminins, qui suivent   parfois d’autres veuves qui reprennent le flambeau. Telle madame Dalignac, la patronne de l’atelier de couture du deuxième roman, dont la mère était une veuve abusive qui la battait, et qui, elle-même veuve, est à l’origine de la famille sociale que décrit L’Atelier de Marie Claire (1920). Telle encore, dans le troisième roman, De la ville au moulin (1926), Manine, veuve d’un garçon meunier qui ne voit pas la naissance de sa seconde fille. Et les exemples abondent encore dans les contes, La Fiancée (1932), peu connus, et cependant dignes d’intérêt.
L’acte solitaire et non moins désespéré que représente l’écriture, pour Marguerite Au-doux, obéit aux mêmes lois. Jusqu’au bout, dans sa salle de travail, la romancière solitaire, veuve de tout ce que l’existence lui a refusé, aspirera à une impossible parthénogenèse qui ressemble à sa vie d’orpheline adoptante. Une métaphore de la création littéraire se trouve dans le dernier roman, Douce Lumière (posthume, puisque l’écrivaine remet à l’aîné de ses fils adoptifs le manuscrit tout juste achevé quelques jours avant sa mort…) : Christine met au monde un enfant qui ne survivra pas, né des œuvres d’un homme lui même disparu pendant la grossesse, avant que la mère ne décède à son tour, des suites de l’accouchement.
Thématique et poétique, intimement liées à la vie dans cet œuvre foncièrement auto-biographique, existent ainsi à travers un principe de mort, une thanatogenèse représentée au premier chef par le veuvage – motif qui pourrait fort bien être « le » thème alducien.
* Marguerite Audoux naît à Sancoins, dans le centre de la France, en 1937. Orpheline à trois ans, elle passe neuf ans à l’Hôpital Général de Bourges, puis est placée quatre années comme servante et bergère d’agneaux en Sologne. Elle monte ensuite à Paris, où elle mène une vie difficile de couturière. Le hasard lui fait rencontrer, en 1900, un groupe d’artistes et d’écrivains qui découvrent qu’elle écrit ses souvenirs. L’un d’eux confie le manuscrit à Oc-tave Mirbeau, qui fait obtenir à ce roman autobiographique (Marie-Claire) le Prix Femina. La vie et l’œuvre connaissent ensuite un lent decrescendo.

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Les mots de la (petite) tribu
Maria Teresa Giaveri
Università degli Studi di Napoli « l ‘Orientale »

Le point de départ de  ma communication est le roman Le Toutounier  de Colette  (1939): un roman dédié aux rapports affectifs, aux aventures quotidiennes et surtout au « lexique fami-lier » (selon le célèbre titre de Natalia Ginzburg) de quatre sœurs.
La petite tribu sororale avait été évoquée en marge de Duo, un roman précédent dont le titre emprunté à la musique ne cachait pas l’asphyxie d’un rapport à deux et d’un dialogue qui revenait continuellement sur le même sujet : une trahison découverte tardivement et qui se révélait intolérable. Dans le couple qui se faisait face, la ressource secrète de la femme était liée surtout à l’évocation du réseau complice formé par ses trois sœurs; après le suicide de son mari ( le final de Duo) elle rentrera chez ses sœurs, dont elle retrouvera le système d’entre aide et les codes jamais oubliés, à partir du code linguistique ( cft. le titre : Le Toutounier).
    Je  prendrai en examen deux aspects du roman de Colette : a) le modèle de ce qu’on pourrait nommer « l’histoire à quatre », dont l’exemple le plus connu par le publique féminin est naturellement le roman Little Women de Louise M. Alcott.  Publié en 1868, rapidement traduit en français - sous les titres Petites femmes (1872), Les quatre filles du docteur Marsch (sic. 1880), Les quatre sœurs March etc. -  le roman a été pour le jeune public féminin du XIXme et XXme siècles l’équivalent du roman populaire qui célébrait l’amitié et la solidarité masculine : Les trois Mousquetaires d’Alexandre Dumas (une « histoire à quatre », malgré le titre). Comme Little Women, le roman de Colette est structuré selon une formule narrative « 3 + 1 »,  qui réduit la multiplicité des relations et simplifie le plot ; j’analyserai cette formule non seulement dans Le Toutounier mais dans des multiples utilisations, à partir des innom-brables réécritures de Little Women (dont je citerai quelques exemples récents parus dans des littératures différentes) jusqu’à certaines propositions du thème de la sororité  (de sang ou d’élection) qui ont été présentées récemment à la télévision. b) la question de l’invention d’un « lexique familier». Le thème est devenu presque incontournable dans tout récit sur la famille, après le succès international du roman Lessico famigliare de Natalia Ginzburg ; mais le livre de Colette le posait bien avant l’écrivaine italienne et avec beaucoup plus de radicalité.
Ce dernier aspect pose aussi une question passionnante, que je vais aborder : la traduc-tion de ce « lexique familier » fait de néologismes. Une dernière partie de ma communication va donc toucher des problèmes de traductologie et d’histoire de la traduction, à propos de Al-cott et de Colette.

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Le rôle du père pour l’initiation masculine dans
Le fou du père de Robert Lalonde
Liliana Goilan-Sandu
Université de Pitesti

Dans son roman, l’écrivain québécois nous présente son héros-narrateur – un écrivain de 30 ans – qui laisse derrière lui la ville et la femme qu’il aime pour remonter la rivière et passer quelques jours avec son père. Revenu dans le pays de son enfance pour (r)essayer de le faire parler, le narrateur cherche, comme depuis qu’il était petit, l’amour paternel qui lui a été tou-jours refusé. C’est donc autour de cette relation père-fils que le récit homodiégétique se cons-truit.
Dans notre étude nous nous proposons d’aborder cette relation d’une perspective so-ciologique qui met l’accent sur la socialisation. Celle-ci est définie comme le processus conti-nu par lequel les ensembles humains transmettent leur culture, standardisent la personnalité de leurs membres et leur permettent de s’adapter au milieu social où ils vivent.
    L’un des plus importants facteurs de la socialisation, peut-être le plus important, est la famille. Elle donne à l’individu son identité sociale initiale et, en même temps, elle est le monde social où celui-ci établit ses premières relations intimes.
     En analysant le discours du narrateur, nous nous arrêterons sur (i) le rôle que le père, présent physiquement, mais absent affectivement, a joué dans le développement de sa person-nalité tout au long de son enfance, sur (ii) le besoin de socialisation qu’il ressent une fois l’enfance passée et (iii) qui le mène finalement jusqu'à une resocialisation volontaire.

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Relations orageuses :
le jeune héros de la fiction et ses parents
Hans Hartje
Université de Pau (France)

Le genre de l’ « Adoleszenzroman » (roman dont un adolescent est le héros) est plutôt bien établi dans la littérature de langue allemande, depuis Les Désarrois de l’élève Törleß de Rob-ert Musil et L’Ornière de Hermann Hesse. Il n’en va pas de même en littérature française – et à plus forte raison, francophone -, ce dont témoigne a contrario le faible nombre d’études critiques. Les choses ont toutefois l’air d’être en train d’évoluer, comme en atteste la parution récente d’une (brève) étude consacrée à ce sujet et destinée à priori au grand public (Magali Wiéner, On n’est pas sérieux quand on a quinze ans. Adolescence et littérature, coll. « GF Etonnants classiques », 2003).
Ce ne sont pourtant pas les œuvres qui manquent. Sans souci d’exhaustivité, mais avec celui d’une certaine qualité on peut citer Le grand Meaulnes d’Alain-Fournier, Louis Lambert de Balzac, Vipère au poing d’Hervé Bazin, Mouchette de Bernanos, Le Blé en herbe de Colette, Le petit Chose de Daudet, Fermina Marquez de Larbaud, Les Garçons de Monther-lant, Les Amitiés particulières de Peyrefitte, Le Diable au corps de Raymond Radiguet, L’Enfant de Vallès et Battling le ténébreux d’Alexandre Vialatte, pour montrer que la littéra-ture française du XIXe et de la première moitié du XXe siècle n’est nullement passée à côté du sujet. Si on y ajoute – toujours sans souci d’exhaustivité - La Vie devant soi d’Emile Ajar, La Classe de neige d’Emmanuel Carrère, Les petits soldats de Yannick Haenel, Le petit Sau-vage d’Alexandre Jardin, L’année de l’éveil de Charles Juliet, De si braves garçons de Patrick Modiano, Antéchrista d’Amélie Nothomb ou encore Messieurs les enfants de Daniel Pennac, on ne fait qu’attester de l’actualité du sujet. Enfin, L’aventure ambiguë de Cheikh Hamidou Kane ou Le grand Cahier d’Agota Kristof montrent, si besoin en était, que la littérature fran-cophone n’est pas en reste quand il s’agit d’explorer les méandres de la vie adolescente.
Tous les textes mentionnés ont été écrits par des écrivains – hommes ou femmes – adultes et s’adressent a priori à des lecteurs également adultes. Or dire l’adolescence quand on en a passé l’âge revient à faire un travail sur soi, en réfléchissant à ce qu’on a été et com-ment on est devenu ce qu’on est – ou croit être. Les traces de ce travail se lisent généralement dans la façon dont le personnage jeune vit sa relation au personnage adulte, et en premier lieu à ses parents.
Dans ma communication je chercherai à établir une typologie de ces relations, sur fond de crises et d’épreuves comme il en arrive dans toutes les familles et en tenant compte de l’évolution des mœurs.

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Regard, violence et mutisme : la relation filles-père dans
La voyeuse interdite (1991) de Nina Bourauoi
Bernadette Höfer
Harvard University

Nous proposons d’étudier le premier roman de Nina Bouraoui La voyeuse interdite (1991) sous l’aspect de la relation entre trois filles et leur père. Le titre du roman fait référence à la jeune narratrice, Fikria, de nationalité algérienne et à ses deux sœurs Zohr et Leyla qui sont entourées d’interdictions et de lois érigées par « le père dictateur » musulman (p. 11). Le ro-man décrit d’un côté la cruauté impitoyable du père et de l’autre les répercussions sur la psy-ché de ses filles qui provoquent des réactions extrêmes pernicieuses : l’automutilation physi-que chez Fikria et Zohr et le blocage corporel et mental chez leur petite sœur Leyla.
D’abord nous allons analyser le contenu, les raisons et les conséquences de l’autotarisme paternel qui arbore le mutisme, l’agressivité et la haine envers ses filles. Il s’agit d’expliquer que l’aversion du père envers ses trois filles provient de l’accusation tacite de la société de son incapacité à engendrer un héritier mâle, ce qui indique un échec personnel et une effémination décriée. Puis, nous allons examiner la réaction des trois sœurs face au regard haineux, à la violence et au mutisme paternel. Fikria souffre de « l’austérité » des relations familiales et de « l’enfer quotidien imposé » (p. 63) qui cause un climat de terreur. Elle réagit au manque d’affection paternelle par l’automutilation afin de se prouver qu’elle existe, qu’elle ressent, et est un être autonome. Sa sœur majeure, Zohr, renie sa féminité en tentant de récu-pérer l’asexualité enfantine, se renferme dans le mutisme et l’anorexie. Finalement, c’est Leyla, le petit être retardé, qui endure le plus la violence et le ressentiment parental. Nous conclurons par l’observation du manque de complicité et de toute marque affective entre les sœurs qui demeurent incapables de transmettre leur souffrance ressentie.
Notre étude, s’inspirera entre autres de Abdelwahab Boudhiba, La sexualité en Islam ; de Noria Allami, Voilées, dévoilées. Etre femme dans le monde arabe ; Dominique Fisher, « Rue du fantasme » ; Ghassan Ascha, Mariage, polygamie et répudiation en Islam et de Ro-salia Bivona, « La voyeuse interdite de Nina Bouraoui ».

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L’enfant sacrifiée :  figures de la soeur aînée dans
la littérature française du XXe siècle
Pascale Hummel
CNRS-INRP, Paris

La littérature romanesque et théâtrale du XXe siècle met volontiers en scène des fratries à travers la complexité (ou non) des liens qui unissent leurs membres. Envisagés du point de vue externe des parents ou des autres maillons de la famille, ainsi que du point de vue interne de leurs propres échanges à l’intérieur du cercle fraternel, les frères et les sœurs ne font pas toujours l’objet d’un traitement différencié. La présente étude invite à une réflexion sur la place reconnue au premier né, et plus particulièrement à la sœur aînée, au sein de la fratrie et de la famille. Ouvrant la voie, citée en modèle, la sœur aînée se voit souvent chargée de la fonction de conseillère, voire de seconde mère, privée de sa propre enfance et plus tard d’une vraie vie, et condamnée surtout au rôle de bouc émissaire de tous les dysfonctionnements fa-miliaux. Les exemples de cet exposé seront puisés dans un corpus large et varié, choisi en fonction de la pertinence des figures de la sœur aînée mises en scène dans les œuvres à con-sidérer.

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Relations familiales dans le théâtre de Jean-Paul Sartre
Renata Jakubczuk
Université Marie Curie-Skłodowska à Lublin (Pologne)

Les Mouches où on retrouve la famille mythique des Atrides avec Electre, la soeur et Oreste, le frère ainsi que Les Séquestrés d'Altona, création originale de Sartre, un peu oubliée par les critiques, « une pièce plus tragique que dramatique, plus problématique que dialectique, aussi dense que difficile »; une sorte de synthèse de la création dramatique de Sartre, de sa philoso-phie existentialiste et philosophie littéraire concernant une littérature engagée : les seules piè-ces de Sartre dans lesquelles les protagonistes soient des proches. Evidemment, ceux qui sont familiers de l'oeuvre de Sartre reconnaissent tout de suite les personnages sartriens types: sa-lauds - bourgeois – chefs dans Les Séquestrés d'Altona, meprisés par l'auteur ou les personna-ges idéalistes dans Les Mouches grâce auxquels il illustre mieux ses idées philosophiques.
Si l'on s'en tient aux textes des pièces que l'on se propose d'étudier, il convient de dire avec Loris que dans Les Séquestrés d'Altona deux problèmes sont envisagés: 1) un problème historique qui s'attache à la culpabilité d'un régime et à la responsabilité de l'homme da